Maintenant faut que tu passes au niveau supérieur : tenir jusqu'au bout d'un discours de Fidel Castro
Vie éco-politico-sociale [suite]
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
Maintenant faut que tu passes au niveau supérieur : tenir jusqu'au bout d'un discours de Fidel Castro
La soumission est autant que le fanatisme à l'origine des pires abominations du XX°s. La démocratie est plus menacée par l'obéissance servile que la désobéissance civile.
Qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.
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Gavia arctica
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
faut beaucoup de café...du coca...de la coca...
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Obi-Wan
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
Gavia arctica a écrit : ↑lun. 13 avr. 2020 20:11 Lundi 11 Mai!!!
Merci Manu d’avoir pris mon appel...![]()
L'appétit vient en mangeant,la soif disparaît en buvant (François Rabelais)
La gourmandise commence quand on n'a plus faim (Alphonse Daudet)
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Gavia arctica
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
il est plutôt sympa quand on le connait...beau parleur, charmant, incompétent, inutile...
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chalon71
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
Je suis invité le 12 mai ?Gavia arctica a écrit : ↑lun. 13 avr. 2020 20:41 il fait de beaux discours, mais on s’en fout un peu, c’était pas un concours de diction...
sinon, puisque ça vient, bal masqué à la maison le 12 mai pour fêter ma dernière année de jeune homme force vive de la nation...![]()
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
Mais non il est plutôt intelligent et aussi beau gosse que moi je trouve.Gavia arctica a écrit : ↑lun. 13 avr. 2020 21:14 il est plutôt sympa quand on le connait...beau parleur, charmant, incompétent, inutile...![]()
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Gavia arctica
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
si tu arrives à passer les barrages et la frontière...chalon71 a écrit : ↑lun. 13 avr. 2020 21:21Je suis invité le 12 mai ?Gavia arctica a écrit : ↑lun. 13 avr. 2020 20:41 il fait de beaux discours, mais on s’en fout un peu, c’était pas un concours de diction...
sinon, puisque ça vient, bal masqué à la maison le 12 mai pour fêter ma dernière année de jeune homme force vive de la nation...![]()
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Gavia arctica
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
faut être très bourré pour apprécier...peut-être un peu de rhum aussi...
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]1
Les boules quand tu vas avoir tout organisé et que le 11 au soir il va te dire que ça n'a pas assez décru…Gavia arctica a écrit : ↑lun. 13 avr. 2020 20:11 Lundi 11 Mai!!!
Merci Manu d’avoir pris mon appel...![]()
Pis t'imagines, si tu le choppes à cette occasion...
ça fait 5 jours, petit point statistiques sur les 5 départements tests, évolution depuis le 8...
Moselle, hospitalisés 1047 (1002), réanimations 164 (167), décès 497 (414)
Rhône, hospitalisés 1252 (1150), réanimations 252 (271), décès 320 (273)
Bouche du Rhône, hospitalisés 1147 (1107), réanimations 270 (253), décès 182 (144)
Haute Savoie, hospitalisés 289 (280) réanimations 72 (81), décès 88 (81)
Morbihan, hospitalisés 131 (149), réanimations 35 (34), décès 60 (55)
Le dynamisme de l'épidémie est sur cette période plus vivace que sur la période précédente puisqu'à l'exception du Morbihan (liés aux transferts de région parisienne sur la période précédente?), le nombre d'hospitalisés progresse partout. En revanche, on constate un nombre de cas en réanimation en diminution partout sauf dans le 13, ce qui est logique puisque sur la période précédente c'était le seul département qui avait vu le nombre d'hospitalisés augmenter. On voit donc que le flux d'entrée ne sature plus les services de réanimations, mais que le virus continue sa progression sur quasi tout le territoire, même sur des territoires déjà très affectés (Moselle)…
Ne pas s'attendre donc à des chiffres marquant le pas sur la semaine je pense, si ces départements sont un bon échantillon...
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Gavia arctica
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
Manu m’a promis...bon c’est un politicien mais...j’ai confiance...
et au moins si je le choppe je serais immunisé...
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Gavia arctica
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
au fait, être « simplement » capable de tester ceux qui présentent des symptômes à partir du 11 mai, c’est carrément nul et inutile non???
masque grand public=masque qui tue?
on sent bien les moyens faramineux mis en oeuvre...
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Bagouvic
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
Ça m'a sauté aux oreilles aussi quand il a dit ça sur le ton du commercial qui cherche à te faire passer sa camelote trop chère pour l'affaire de l'année...Gavia arctica a écrit : ↑lun. 13 avr. 2020 23:13 au fait, être « simplement » capable de tester ceux qui présentent des symptômes à partir du 11 mai, c’est carrément nul et inutile non???
Au fait les masques, j'ai lu que le gros des commandes arriveraient en juin, c'est le problème d'être un peu au milieu, pas assez riche pour passer d'abord, pas assez pauvre pour bénéficier de dons humanitaires
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
Quelques chiffres en passant (étude Odoxa-Figaro)
28% des Français placés en chômage partiel
25% font du télétravail
45% ne travaillent plus du tout.
J'en conclus que 55% ont encore une activité soit partielle (28%), soit totale (27% si mes calculs sont bons
)
La France n'est donc pas complètement à l'arrêt en terme d'activité .... après en terme de consommation c'est sûrement bien différent.
28% des Français placés en chômage partiel
25% font du télétravail
45% ne travaillent plus du tout.
J'en conclus que 55% ont encore une activité soit partielle (28%), soit totale (27% si mes calculs sont bons
La France n'est donc pas complètement à l'arrêt en terme d'activité .... après en terme de consommation c'est sûrement bien différent.
La soumission est autant que le fanatisme à l'origine des pires abominations du XX°s. La démocratie est plus menacée par l'obéissance servile que la désobéissance civile.
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]
Texte publié avant le grand discours de Macron de ce soir.
Le dire et le faire
Me faisant part de l’angoisse montante de ses patients, notamment les plus âgés, un ami médecin me dit : « L’inflation de la communication, c’est peut-être un progrès, mais cela perturbe les certitudes. » On ne peut mieux résumer l’impression que donne ce tourbillon de propos plus ou moins autorisés qui fait perdre la tête, et le sens des choses. C’est l’inconvénient du numérique, et sans doute un progrès de la démocratie que chacun puisse donner son opinion sur tout, et de préférence sur ce qu’il ne connaît pas. La parole prolifère en même temps que le virus. Elle ne touche que l’esprit, c’est beaucoup moins grave. Avec un bémol : la sournoise montée d’un certain nihilisme, dont je ne suis pas sûr, comme l’ami Finkielkraut, qu’il soit vaincu. Tout peut se dire, et son contraire, sans que rien ne différencie le fondé de l’infondé. Donc tout se vaut et rien ne vaut. Qui croire ? À qui s’en remettre ? Où est la parole d’autorité ?
Pas vraiment chez les autorités politiques. Ne tirons pas sur le pianiste, il faut bien improviser face à l’imprévisible. Mais les crises générales sont impudiques : elles déshabillent les rois et passent les sociétés aux rayons X, nous en montrant l’esprit. Soit un croissant décalage entre le dire et le faire, source de défiance et de suspicion. Nous sommes en guerre, nous dit-on, mais on cherche le général en chef, celui qui dit beaucoup en très peu de mots. Veni vidi vici. Sans remonter à César, souvenons-nous du Général, qui en quelques phrases, moins de trois minutes, pulvérise un coup d’État en Algérie, et plus tard, le psychodrame chaotique d’un long mois de Mai. Une phrase, un acte. Pas un mot de trop, et chaque mot à sa place. Comme la reine d’Angleterre, quatre minutes. Imperatoria brevitas. Autorité et brièveté sont synonymes. Un historien mettra demain en regard la dilution de la puissance publique, sur un demi-siècle, et le délayage des allocutions officielles. Moins ça peut, plus ça cause.
Interrogé avant de mourir sur ce qu’il considérait comme « la caractéristique de notre temps », Malraux répondit sèchement : « L’absence de décision ». D’où sortent la demi-mesure militaire et le compromis parlementaire : un demi-soldat dans un demi-char et un allez voter et restez chez vous. On sait comment l’État en France, quand il a choisi de se suicider pour, dit-il, se moderniser, a inventé toutes sortes d’organes de défausse au titre plus ou moins pompeux – Comités, Hauts-conseils, Observatoires, Forums, Conventions, etc. – et dix autres « autorités administratives indépendantes ». Ces inlassables fournisseurs de rapports pour rien ont pour la plupart l’utilité du figurant sur scène, quand l’acteur n’y est plus. L’ancien État-nation en panne de volonté et de substance a cru bon d’ajouter à la panoplie de ses abdications cette machine à ne pas prendre de décision qu’on appelle – un oxymore ? – l’Union européenne. Bulle à blabla et tiroir-caisse. La valise bruxelloise à double fond engage à sortir de l’histoire par la petite porte, non d’y rentrer par la grande. Les occasions d’essayer n’ont pourtant pas manqué. Celle-ci aurait pu, mais ne sera pas l’une d’elles.
Remarquée a été la présence ostentatoire, sur les plateaux, à côté de nos gouvernants, de consultants et d’experts. Ils se font escorter par un, ou même deux Conseils scientifiques, créés pour l’occasion, au nom desquels ils se prononcent. C’est pas nous, c’est Monsieur le professeur. Certains ont vu là une atteinte aux prérogatives de l’Exécutif. Je n’en suis pas si sûr. Le Pouvoir exécutif n’apparaît jamais seul en scène. Il a derrière lui, ou plutôt au-dessus, une transcendance en pointillé. Elle a changé de nature depuis Saint-Paul qui disait, en bon connaisseur de l’autorité : « Omnis potestas a Deo ». Tout pouvoir procède d’un grand Autre. Chaque époque le sien.
Le Chef l’est par délégation d’un surplomb, projection d’une verticale ici-bas. Le véritable commandant ne parle pas en son nom propre, car c’est toujours et partout un lieutenant – de Dieu, du Prolétariat, de la République ou de la France. Cette sujétion à plus grand que soi fait sa force. Saint-Louis, Lénine, Clémenceau ou De Gaulle étaient d’autant plus écoutés qu’ils servaient de truchement à une valeur suprême. Quand on ne peut incarner cette transcendance – parce que l’ordinaire des temps ne s’y prête pas – force est de la mettre au dehors, à côté de soi, puisqu’elle n’est plus en dedans. En l’occurrence, la Science, arbitre suprême et sans réplique. Le problème est que la science médicale est par nature sujette à controverses, suppositions et incertitudes, en quoi justement elle est une science. C’est l’inconvénient d’avoir pour alibi une science expérimentale. Contrairement aux absolus d’antan, qui étaient des objets de foi, incontestables à ce titre, elle s’atteste dans et par le relatif. Avec un savoir heureusement et désespérément empirique, le pilier devient béquille. On chancelle.
Conséquence : plus de lest dans le discours. La communication, dont vit la classe politique qui s’imagine pouvoir survivre par elle à son discrédit, a tué le politique et ruiné sa crédibilité. L’art meurtrier du blabla est aussi celui de ne pas répondre aux questions, mais très abondamment. Parmi ces « éléments de langage », il en est un qui frappe par son omniprésence : le viral « faire en sorte que » du politicien (en moyenne, trois ou quatre fois par minute). Ce n’est plus un tic mais un aveu. Puisque dire n’est plus faire, et que la parole n’est plus un acte, on annonce ce qu’on devra faire mais plus tard, sans préciser quand ni qui. Plutôt un souhait qu’un engagement. On aimerait bien que. On procrastine sur un coup de menton. Les avantages de la résolution sans les inconvénients. L’affiche sans la chose. C’est la ritournelle magique du désarroi – le stigmate rhétorique d’un temps malheureux qu’on espère bien provisoire, mais il en est tant d’autres qu’éprouvent soignants et malades dans leur chair, qu’on a presque honte de devoir évoquer celui-là, fut-ce en peu de mots. Mille excuses.
Régis Debray
Le dire et le faire
Me faisant part de l’angoisse montante de ses patients, notamment les plus âgés, un ami médecin me dit : « L’inflation de la communication, c’est peut-être un progrès, mais cela perturbe les certitudes. » On ne peut mieux résumer l’impression que donne ce tourbillon de propos plus ou moins autorisés qui fait perdre la tête, et le sens des choses. C’est l’inconvénient du numérique, et sans doute un progrès de la démocratie que chacun puisse donner son opinion sur tout, et de préférence sur ce qu’il ne connaît pas. La parole prolifère en même temps que le virus. Elle ne touche que l’esprit, c’est beaucoup moins grave. Avec un bémol : la sournoise montée d’un certain nihilisme, dont je ne suis pas sûr, comme l’ami Finkielkraut, qu’il soit vaincu. Tout peut se dire, et son contraire, sans que rien ne différencie le fondé de l’infondé. Donc tout se vaut et rien ne vaut. Qui croire ? À qui s’en remettre ? Où est la parole d’autorité ?
Pas vraiment chez les autorités politiques. Ne tirons pas sur le pianiste, il faut bien improviser face à l’imprévisible. Mais les crises générales sont impudiques : elles déshabillent les rois et passent les sociétés aux rayons X, nous en montrant l’esprit. Soit un croissant décalage entre le dire et le faire, source de défiance et de suspicion. Nous sommes en guerre, nous dit-on, mais on cherche le général en chef, celui qui dit beaucoup en très peu de mots. Veni vidi vici. Sans remonter à César, souvenons-nous du Général, qui en quelques phrases, moins de trois minutes, pulvérise un coup d’État en Algérie, et plus tard, le psychodrame chaotique d’un long mois de Mai. Une phrase, un acte. Pas un mot de trop, et chaque mot à sa place. Comme la reine d’Angleterre, quatre minutes. Imperatoria brevitas. Autorité et brièveté sont synonymes. Un historien mettra demain en regard la dilution de la puissance publique, sur un demi-siècle, et le délayage des allocutions officielles. Moins ça peut, plus ça cause.
Interrogé avant de mourir sur ce qu’il considérait comme « la caractéristique de notre temps », Malraux répondit sèchement : « L’absence de décision ». D’où sortent la demi-mesure militaire et le compromis parlementaire : un demi-soldat dans un demi-char et un allez voter et restez chez vous. On sait comment l’État en France, quand il a choisi de se suicider pour, dit-il, se moderniser, a inventé toutes sortes d’organes de défausse au titre plus ou moins pompeux – Comités, Hauts-conseils, Observatoires, Forums, Conventions, etc. – et dix autres « autorités administratives indépendantes ». Ces inlassables fournisseurs de rapports pour rien ont pour la plupart l’utilité du figurant sur scène, quand l’acteur n’y est plus. L’ancien État-nation en panne de volonté et de substance a cru bon d’ajouter à la panoplie de ses abdications cette machine à ne pas prendre de décision qu’on appelle – un oxymore ? – l’Union européenne. Bulle à blabla et tiroir-caisse. La valise bruxelloise à double fond engage à sortir de l’histoire par la petite porte, non d’y rentrer par la grande. Les occasions d’essayer n’ont pourtant pas manqué. Celle-ci aurait pu, mais ne sera pas l’une d’elles.
Remarquée a été la présence ostentatoire, sur les plateaux, à côté de nos gouvernants, de consultants et d’experts. Ils se font escorter par un, ou même deux Conseils scientifiques, créés pour l’occasion, au nom desquels ils se prononcent. C’est pas nous, c’est Monsieur le professeur. Certains ont vu là une atteinte aux prérogatives de l’Exécutif. Je n’en suis pas si sûr. Le Pouvoir exécutif n’apparaît jamais seul en scène. Il a derrière lui, ou plutôt au-dessus, une transcendance en pointillé. Elle a changé de nature depuis Saint-Paul qui disait, en bon connaisseur de l’autorité : « Omnis potestas a Deo ». Tout pouvoir procède d’un grand Autre. Chaque époque le sien.
Le Chef l’est par délégation d’un surplomb, projection d’une verticale ici-bas. Le véritable commandant ne parle pas en son nom propre, car c’est toujours et partout un lieutenant – de Dieu, du Prolétariat, de la République ou de la France. Cette sujétion à plus grand que soi fait sa force. Saint-Louis, Lénine, Clémenceau ou De Gaulle étaient d’autant plus écoutés qu’ils servaient de truchement à une valeur suprême. Quand on ne peut incarner cette transcendance – parce que l’ordinaire des temps ne s’y prête pas – force est de la mettre au dehors, à côté de soi, puisqu’elle n’est plus en dedans. En l’occurrence, la Science, arbitre suprême et sans réplique. Le problème est que la science médicale est par nature sujette à controverses, suppositions et incertitudes, en quoi justement elle est une science. C’est l’inconvénient d’avoir pour alibi une science expérimentale. Contrairement aux absolus d’antan, qui étaient des objets de foi, incontestables à ce titre, elle s’atteste dans et par le relatif. Avec un savoir heureusement et désespérément empirique, le pilier devient béquille. On chancelle.
Conséquence : plus de lest dans le discours. La communication, dont vit la classe politique qui s’imagine pouvoir survivre par elle à son discrédit, a tué le politique et ruiné sa crédibilité. L’art meurtrier du blabla est aussi celui de ne pas répondre aux questions, mais très abondamment. Parmi ces « éléments de langage », il en est un qui frappe par son omniprésence : le viral « faire en sorte que » du politicien (en moyenne, trois ou quatre fois par minute). Ce n’est plus un tic mais un aveu. Puisque dire n’est plus faire, et que la parole n’est plus un acte, on annonce ce qu’on devra faire mais plus tard, sans préciser quand ni qui. Plutôt un souhait qu’un engagement. On aimerait bien que. On procrastine sur un coup de menton. Les avantages de la résolution sans les inconvénients. L’affiche sans la chose. C’est la ritournelle magique du désarroi – le stigmate rhétorique d’un temps malheureux qu’on espère bien provisoire, mais il en est tant d’autres qu’éprouvent soignants et malades dans leur chair, qu’on a presque honte de devoir évoquer celui-là, fut-ce en peu de mots. Mille excuses.
Régis Debray
La soumission est autant que le fanatisme à l'origine des pires abominations du XX°s. La démocratie est plus menacée par l'obéissance servile que la désobéissance civile.
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