Bagouvic a écrit : ↑lun. 30 mars 2020 20:36
J’entends bien, et je ne suis pas en désaccord avec l’idée de réduction du déficit public, c’est nécessaire. De nombreuses études, rapports, traitent de la question et de ce qu’il faudrait faire, des axes possibles techniquement comme d’un point de vue plus général relatif à la redéfinition du rôle de l’État et de ses sphères d’action (et donc de dépenses) ou même le besoin d’un profond changement de paradigme. Il y a des choses intéressantes dans les rapports de la Cour des comptes ou diverses organisations (grosse réserves sur ce qui sort d’Instituts très marqués idéologiquement comme l’institut Montaigne ou l’IFRAP, opinion perso).
Le comparatif des budgets nationaux en Europe et de certaines politiques structurelles fait apparaître certains leviers d’action. On peut se poser la question de la décentralisation et de son coût, y compris en terme d’emplois publics (c’est d’ailleurs quasi exclusivement là que ça a explosé, pour certaines raisons logiques vu les transferts de compétences, mais dans des proportions qui interrogent). De la multiplication des strates, échelons, compétences voisines qui s’accumulent avec un coût réel sans nécessairement d’efficacité (c’est même souvent source de l’inverse). Du pourcentage de cadres généralement dans la fonction publique où dans certains ministères on a plus de cadres que de non cadres ce qui a un côté un peu aberrant (même si les cadres publics beaucoup ne sont pas des salaires vraiment élevés, plutôt tranche entre 2000 et 3000 par mois, ce qui est déjà plutôt bien cela dit). On peut aussi constater que les dépenses sociales de l’État sont énormes, les plus élevées proportionnellement du monde, et qu’à défaut de vouloir tout casser aveuglément il y a sans doute matière à repenser, simplifier tout ça avec sans doute des vraies marges d’économie à faire sans pour autant tout bazarder. Le système est censé être généreux pour aider les précaires, rectifier des inégalités, mais il n’est pas si efficace que cela, génère des inégalités de situation alors qu’il est censé les réduire, et coûte je pense bien plus ce que qu’il pourrait en étant mieux pensé. Assimilé à ça il y a aussi la question des retraites, on sait très bien qu’il faut se caler sur ce que font les autres, et également que pour ceux qui peuvent il faudra y mettre de la cotisation via plan d’ épargne privés.
On peut encore trouver un tas d’autres choses. Le problème est que cela nécessite des réformes profondes, des remises en question même, idéologiquement politiquement et aussi parmi la haute fonction publique et les syndicats. Cela ne veut pas dire que rien n’est fait ou n’a été fait, mais beaucoup de superficiel essentiellement.
D’ailleurs pour illustrer les solutions de facilité, tu sais bien que les secteurs que tu cites à juste titre qui ont peu de moyens (hôpital, police, justice, armée) et se sont fait régulièrement dépouiller par les majorité successives, ce sont des secteurs où il n’y a pas de grèves, ou totalement à la marge, où les services tournent quoi qu’il arrive, où il n’y pas de fortes influences des syndicats, et même souvent une plus faible présence de hauts fonctionnaires « classiques » à contrario d’autres secteurs comme les finances. Bref, tailler là où il y a pourtant des besoins pour économiser au final pas tant que ça, parce qu’on sait que ça n’agitera personne, et ne pas entreprendre de grosses réformes structurelles sur des questions qui peuvent fâcher et mobiliser, ou entamer de remise en question, c’est l’immobilisme dont on parle souvent. C’est aussi le manque de courage politique, de vision même, partagé par les majorités de gauche comme de droite depuis un paquet d’années.
Pour en revenir au point de départ sur les hôpitaux, c’est un bon exemple, ils ont besoin d’autre chose que de « techniciens » qui ont transformé les établissements en machine à faire des actes, à compter le coût de la bouffe genre 2 € le repas max (exemple des EHPAD…), à devoir être rentables tout en récupérant toutes interventions non rentables refusées par les cliniques privées, où les médecins font aussi le boulot de la secrétaire qu’ils n’ont plus, où même la qualité de simple cathéters en plastoc est rognée. Ce sont des économies de bout de chandelle, les mêmes que subissent la justice, les flics ou les militaires. Rien en tout cas qui ne réglera quoi que ce soit significativement quant au déficit public, des dépenses qui même sans être compressées n’auraient pas non plus spécialement aggravée quoi que ce soit. Par contre beaucoup d’idéologie là-dedans, y compris venant des instances européennes. Il y a, pour moi, des secteurs essentiels qui doivent être préservés en terme de service public et en assumer un certain coût a un sens collectif (j’ai pas dit collectiviste

). D’ailleurs trop souvent on se limite à parler du déficit à travers la dépense publique en ne parlant que des économies à faire sur les fonctionnaires (sans faire aucun distinguo), alors que c’est une question totalement transversale.