Obi-Wan a écrit :
Loin de moi de penser ça. Tout comme je ne partage pas la politique du RN. Cependant, ce qu'on craignait avant se précise de plus en plus. Le RN prend de plus en plus de place.
Avant les gens n'osait pas mettre en avant leur sympathie pour ce parti, c'est de moins en moins vrai. ..
Le problème, c'est qu'il n'y a plus beaucoup d'alternative bien que Ciotti pense le contraire. Il pense pouvoir redonner ses lettres de noblesse au LR.
A moins que les écolos montent en puissance.
Je ne pense pas que le RN prenne de plus en plus de place, en revanche il prend de la place et s'il a la capacité à être à rester entre 20 et 25% c'est la quasi certitude pour lui d'être présent au second tour de la présidentielle. Les Européennes sont certes une élection défouloir à laquelle il ne faut guère prêter d'attention (surtout à 3 ans d'une échéance présidentielle), mais ont l'énorme avantage aussi d'être une élection nationale, ce que ne sont pas les municipales, les régionales ou les départementales où certes le contexte national joue, mais où la place du local est loin d'être neutre...
Face à qui? That's the question... Et c'est d'ailleurs la question qui intéresse tout le monde parce qu'en l'état, un face à face face au RN assure le jackpot au candidat d'en face... Pour peu qu'il s'agisse d'un représentant de l'ordre établi... Or on a vu que l'ordre établi vacillait quelque peu en 2017 avec à peine 52% des suffrages du premier tour, du jamais vu sous la Vème république...
LREM s'est imposée comme la figure de prou de cet ordre établi avec l'énorme avantage d'avoir un discours, mais pas qu'un discours, de renouvellement... Il y'a de vieilles têtes, mais il faut bien avouer également pas mal de renouvellement avec tout ce que cela suppose d'amateurisme mais on ne peut pas vouloir à la fois mettre dehors des gens qui ont fait de la politique pendant 30 ans et dont on connaît toutes les ficelles et se gausser de petits bleus bite qui n'ont ni les codes, ni le savoir faire, mais peuvent apporter quelque chose de nouveau... Enfin si le nouveau en question est votre tasse de thé....
Le résultat des européennes crédibilise cette place dominante de LREM et en l'état actuel lui assure une réélection probable dans un fauteuil en 2022 si les rapports de force restent en l'état... Sauf qu'évidemment, nul ne peut prédire ce que le futur réserve entre ce jour et 2022.... Mais face à une crise sociale quand même loin d'être anodine, sa place au niveau national est tout de même relativement stable et très proche du résultat du premier tour de 2017...
Sauf que... Sauf que je ne suis pas sûr que les 22% d'hier soit composé des mêmes personnes que les 24% d'il y'a 2 ans... Le socle demeure certainement majoritairement le même, c'est à dire cet électorat qui bénéficie d'un fort pouvoir d'achat et des avantages de la globalisation, ouvert sur le vaste monde et ayant une haute idée de sa conscience morale et bien évidemment écologique, la nouvelle idée reçue de ce début de 21ème...
Mais j'ai le sentiment qu'il y'a eu un léger transfert sur la droite de l'échiquier.. C'est à dire que là où près de 80% des 24% en 2017 étaient composé de sociaux démocrates européisés et de centristes du centre c'est à dire capables de voter d'une élection à l'autre soit PS soit UMP, la proportion est sans doute un peu plus faible, tandis que la droite dite libérale très soucieuse de respectabilité aux yeux de la gauche culturelle, et qui, à son corps défendant, avait quand même voté Fillon en 2017 (bah oui quitter sa famille en pleine galère, non franchement même si c'est pas de gaiété de coeur, mais on va se mettre une pince à linge sur le nez et voter pour le Sarthois...) trouve à la politique d'Emmanuel Macron pas mal de points d'accord.... D'ailleurs franchement, entre la politique économique ubuesque du duo Raffarin/Villepin et ce qui est servi ce jour par Philippe, il faudrait vraiment être d'une grande mauvaise foi pour ne pas y voir une quasi similarité au-delà de la différence d'étiquette et de l'adaptation aux circonstances du moment...
Politique dont j'ai du mal à croire qu'elle satisfasse pleinement le social démocrate de base qui pour autant ne semble pas enclin en tout cas pour le moment à revenir au bercail initial, mais qui peut se laisser aller à ses pulsions gauchistes en s'encanaillant le temps d'une élection pour de rire par le vote écolo...
Mélanchon lui n'a jamais fait rire, mais ce qui est dangereux c'est qu'il y'en a pas mal qui le prennent au sérieux... Reste qu'il n'était pas en tête de gondole et que derrière lui, ça sent quand même le très grand vide.....
C'est d'ailleurs tout le problème de l'incarnation en politique, au delà des idées, des thématiques, des rapports de force et bien évidemment de l'usure de l'exercice du pouvoir, c'est la capacité pour des individus à savoir les porter, à s'y identifier, à les faire partager à une majorité de l'électorat... Macron a su porter cette incarnation, ce fantasme électoral qu'il a su par un très grand opportunisme transformer en un coup de maître c'est à dire sa capacité à réunir tout une partie du corps électoral jusque là scindé par le phénomène majoritaire entre droite et gauche ou nécessairement sommé en tant que parti d'appoint à se coaliser avec la droite ou la gauche, à devenir l'élément dominant du système, ce à quoi François Bayrou se sera ingénié pendant 15 ans en pure perte et que Macron en 6 mois aura réalisé, question de talent entre autre, mais pas que...
Or donc au-delà des phénomènes idéologiques, il faut bien avouer qu'en terme d'incarnation Macron domine la scène des tenant de l'ordre établi et qu'aucune personnalité viable n'émerge... Le PS est en situation de mort cérébrale, LR s'est dotée d'un type qui a certainement compris exactement ce qu'il fallait faire pour positionner son parti mais n'a pas à ce jour la capacité d'incarner quoi que ce soit de crédible en terme d'alternance politique car le néo conservatisme qu'il voudrait incarner n'apparaît guère à l'opinion comme autre chose que du marketing frelaté qui serait totalement rembarré dans les cartons en cas d'élection au plus haut niveau....
A ce jour, Emmanuel Macron a tout pour se réjouir du résultat de ces élections, même s'il ne doit pas oublier deux choses: l'équilibre des forces électorales est très fluctuant et l'émergence d'une personnalité imprévisible sur le devant de la scène peut se révéler quelque chose de très rapide comme il en est lui même la preuve....