Voilà le texte
Pour ceux que ça intéresse, les raisons de mon départ...
Même si cela tient du non-événement, tant j’adhère au précepte que nul n’est indispensable, je tenais à partager quelques lignes sur l’annonce de Bebasket de notre accord pour mon départ de LDLC Asvel. Les 15 derniers mois ont été éprouvants pour quasiment toute la planète. Pour autant, s’assurer de la continuité opérationnelle d’une activité dans un contexte aussi dégradé, avec une multiplication des tâches et surtout de la responsabilité de leur accomplissement, avec le même degré d’exigence que dans un contexte normal, a été littéralement épuisant.
LDLC Asvel est une magnifique institution, avec un Président qui s’est démultiplié pour en faire un club le plus ambitieux possible, et se démène toujours au quotidien pour que cela continue. Mais sur la scène internationale, nous (je dis toujours nous) restons un club modeste, qui a fait le tour du continent Européen avec 15% de l’offre aérienne habituellement disponible en vols commerciaux, pendant que nos concurrents (hormis Alba Berlin) s’y attelaient en vols privés. Sans l’investissement des équipes de notre partenaire Resaneo c’était mission impossible.
Nous avons disputé cette compétition internationale avec nos armes, mais avec beaucoup d’engagement, et des résultats somme toute honorables, surtout une progression dans le contenu et une adaptation au « style Euroligue », même si elle n’est pas aussi constante que pour nos concurrents qui la connaissent depuis bien plus longtemps. Nous n’avons pas commis d’impair sur le plan administratif ou organisationnel, malgré le manque d’expérience, au prix là-encore d’un engagement de tous les jours incroyable au niveau des salariés du secteur sportif, et de mon compère Alain au niveau administratif. Sur le plan purement sportif, tout n’a pas été parfait, mais le concept de perfection est éculé et l’objectif doit simplement être de faire au mieux avec les moyens existants.
Je ne sais pas où mon « destin » me conduira, probablement hors de nos frontières, mais seulement après un repos dont je n’avais jamais vraiment eu besoin, mais qui s’avère en l’espèce nécessaire, après plus de 750 jours de connexion permanente au travail, sans avoir pu prendre le moindre congé pour s’assurer que la machine ne se grippe pas, le tout en ayant volontairement pris un engagement moins rémunérateur que mon activité précédente, pour être en cohésion avec le fonctionnement d’une organisation qui ne roule pas sur l’or au niveau où elle évolue. Continuer aurait nécessité d’être en pleine forme avec un regain d’enthousiasme et de vitalité. Mais pour la première fois de ma vie je suis exténué, alors que je suis reconnu pour avoir une capacité de travail énorme, c’est dire ce que cela représente en charge mentale. Par ailleurs exercer un métier dans un créneau qui est une passion pour beaucoup nécessite à mon sens un engagement à 200%. Pour que ce secteur vive, il est nécessaire de faire appel à l’intérêt public, et conséquemment j’ai toujours exercé mes activités dans le basket avec cette notion en tête que cela suppose d’y être engagé en permanence et sans réserve. Ca n’est pas une profession, c’est une vie, pour quasiment tous les gens qui y exercent à haut niveau, à l’exception des usurpateurs.
L’épuisement est également dû à ce décalage immense entre notre quotidien fait d’un travail immense et permanent, pour compenser au maximum le manque de moyens, et l’image que beaucoup de gens ont de ce club. On entend souvent que LDLC Asvel c’est le PSG du basket. Quand bien même de gros efforts sont faits pour mettre les gens dans les meilleures conditions possibles pour travailler, on est à mille lieux d’être dans le luxe, sans parler même de confort, comparativement aux adversaires d’Euroligue. Dans l’absolu ça n’est pas un problème, mais cette image de club « no limit » et le niveau d’exigence qui l’accompagne est un non-sens et une injustice pour les gens qui oeuvrent au quotidien.
Enfin l’épuisement est aussi dû à cette fascinante mais démoralisante faculté que le basket français a de se tirer non pas une balle mais des chargeurs entiers dans les pieds. Quand bien même il est trop aisé de tirer sur la gestion de la crise par la LNB, tant il n’existait pas de « manuel de survie », c’est par contre le résultat d’années d’errances clientélistes dans les orientations de gouvernance. Il est souvent dit qu’une crise peut être une opportunité, mais il s’agit avant tout de refondation et pas de reconstruction. Cette pandémie aura bouleversé l’économie du sport professionnel, dont beaucoup de composantes auront été rattrapées par un principe de réalité qui pouvait parfois leur échapper, en étant grisé par la portance d’une vague dont par essence du concept la dynamique également leur échappe. Ce secteur d’activité nécessite un niveau d’anticipation et d’agilité que malheureusement nous n’avons pas su embrasser dans le basket professionnel français. Ce fiasco n’est pas le résultat de la crise, elle a n’a pas servi de déclencheur, mais de révélateur d’une déshérence collective, alors même que ce milieu regorge d’individus de qualité. Nous en sommes au quatrième club professionnel en France qui va passer d’un titre de champion de France ou disputer l’Euroligue à descendre en ProB sur la dernière grosse décennie. C’est une statistique unique et effrayante, qui en dit long sur la capacité de ce système à générer du chaos, le pendant de la théorie de thermodynamique de l’entropie chère à mon petit kiné William.
Je serai éternellement reconnaissant à Tony Parker de m’avoir fait confiance pour lancer le projet sur cette route de l’Euroligue, compétition décriée, mais ô combien nécessaire pour la subsistance d’une élite du basket sur le continent Européen, d’avoir pu observer de près une magnifique organisation qu’est le groupe OL, avec là également des salariés investis et un Président inspirant et énergisant. Je serai éternellement attaché à mes compagnons de route pendant ces 2 années, tout le staff sportif et médical et d’intendance, je les aime et admire leur dévotion à leur travail.
Mon juge de paix de la pertinence d’une action, au-delà de son résultat brut, est l’intention qui motive cette action. Quand bien même nos routes se séparent, je suis toujours convaincu des excellentes intentions de Tony à la tête de ce club, et j’en resterai un fervent défenseur, et aurai noué des amitiés solides à l’intérieur et autour du club. Pour ce qui est des détracteurs, je considère que si l’on fait l’unanimité, c’est qu’on ne s’attache pas à faire correctement son travail. Et là encore le juge de paix de l’opinion doit être l’intention, de même que l’apport de ces jugements à la continuité d’une action, non pas dans son acceptation limitative à travers un prisme individuel, voire opportun, mais au regard de ce que cette action dans son ensemble peut apporter à la société, dans la limite de son rayonnement.
La satisfaction de l’aventure humaine l’emporte sur la tristesse de devoir quitter une ville magnifique, et mon staff chéri. Les témoignages d’affection de mes compagnons au quotidien, ainsi que les messages d’encouragement de mes collègues GMs d’Euroligue, pour certains formels, pour beaucoup sincères, voire prometteurs, puisqu’il existe de longues années d’échanges constructifs et de complicité avec les plus référencés d’entre eux, sont mes témoins de réussite, avec la conscience de l’extrême relativité de cette notion, de cette mission d’accompagner une organisation française sur les rails de l’Euroligue. En lui souhaitant réussite et longue vie, à la lumière des beaux projets de long terme que Tony et JMA cultivent.
… Merci Tony, Gaëtan, Alain, Charles, Nath, Bérénice, Christophe x2, Bastien, Gauthier, Alexia, Eric, Julie, Claire, Bastien, Thibaut, Coco, Xavier, Maïwenn, Maureen, Marie-Sophie, Cyrille, Nordine, Olivier R, Pierre x2, Emeran, Anthony, Matthieu x2, Nico, Pascalou, Gwenola, Hakima, François, TJ, Freddy, Bryan, Morgan, Jo Go, Manu, Théo, Samby, Olivier M, William, Florent, Etienne, Gilles et Diana, Raphael et François, Massi, Hayet, Thibaud, tous les joueurs, Juste, Helena, et j’en oublie sûrement malheureusement… (liste non exhaustive et surtout pas seulement des salariés, nous ne sommes pas le PSG

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