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Le franco-américain Kyle Milling, 42 ans, actuel entraineur de Toulon, est le prochain coach du Limoges CSP. Il a signé ce lundi un contrat de trois ans. Ancien pivot, il a joué pendant 2 saisons sous les ordres d'Alain Weisz qui a bien voulu répondre à nos questions sur son ancien protégé.
L'actuel entraineur du HTV Toulon, Kyle Milling, s'est engagé ce lundi pour trois saisons avec le Limoges CSP. Ancien pivot, il a évolué pendant 2 ans sous les ordres d'Alain Weisz dans le Var. Son ancien coach a accepté pour France Bleu Limousin, d'ouvrir la boîte à souvenirs et de faire les présentations. Entretien
France Bleu Limousin : Quels souvenirs gardez-vous de Kyle Milling en tant que joueur ?
Alain Weis : C’était un joueur extrêmement discipliné. Au service de l’équipe. Défenseur. Capable de se sacrifier pour l’équipe. La défense était son fonds de commerce. Ce n’était pas un grand attaquant. Il a pu marquer mais ce n’était pas un joueur doué. C’était plutôt un joueur laborieux qui a beaucoup travaillé pour faire la carrière qu’il a réalisé. Partout où il est passé, il a laissé le souvenir d’un excellent coéquipier.
Comment était-il en dehors des parquets, dans le vestiaire ?
Le bonhomme était absolument impeccable dans le vestiaire. Il ne s’exprimait pas beaucoup. Ce n’était pas un grand vocal, pas un leader non plus. C’était essentiellement un soldat. Après, je me méfie toujours des joueurs doués. Même si il faut du travail pour être professionnel, ils n’ont pas toujours conscience de ce que veut vraiment dire le mot travail. Alors que les joueurs qui ont été laborieux sont, une fois entraîneurs, plus souvent à l’écoute de leurs joueurs. Ils savent à quel point le travail peut améliorer un joueur et une équipe. Et ce qu’il réalise avec Toulon, je pense que c’est à l’image, non pas du joueur qu’il était, mais de sa personnalité. Un joueur qui a bâti toute sa carrière sur le sacrifice, la défense et le collectif. Je trouve que l’on retrouve ça dans le jeu de Toulon, qui réalise quand même une très bonne saison avec de petits moyens.
Pour sa première saison comme entraineur, il a décroché le titre de champion de France Pro B l’année dernière. Cette saison, il pourrait décrocher le maintien en Pro A. Qu’en pensez-vous ?
Pour moi, il y a deux surprises. D’abord, qu’il soit devenu entraineur ! Comme joueur, il ne donnait pas beaucoup son avis sur le jeu. Ce n’était pas un coach sur le terrain. La deuxième, c’est ce titre de champion, avec un tout petit budget. Après, sans rien lui enlever, il faut voir quel est sa part dans le recrutement ? C’est une simple question. Je n’ai pas la réponse mais je sais que le directeur sportif a eu un rôle important dans le recrutement ces deux dernières saisons. Après, il faut être capable de mettre en scène tous les acteurs qu’il a, sachant qu’il n’a jamais eu de joueurs fabuleux. Il a des joueurs qu’il a réussi à mettre au service de l’équipe. Et si vous voulez faire un parallèle avec le joueur qu’il était, on retrouve toutes ses qualités. Il ne tirait pas la couverture à lui. Kyle est extrêmement rigoureux et très respectueux des règles. Avec lui, il n’y a jamais eu un problème de retard. Avec moi, il n’avait pas un rôle majeur mais je n’ai jamais eu à me plaindre de quoi que ce soit. Sur ce plan, c’est une garantie totale de professionnalisme. Et c’était un joueur altruiste. Ce n’est pas une tête brûlée mais quelqu’un de parfaitement adapté aux sports collectifs. Pour moi, le mot qui le qualifie le mieux, c’est le sacrifice. Un joueur très courageux qui n’avait peur de personne, capable de se sacrifier pour son équipe. Alors est-ce qu’il a mis l’altruisme au frontispice de ses équipes ? Je crois que oui. Je ne les ai pas affrontés. J’étais déjà coupé par Nancy au moment du match face au HTV mais je les ai beaucoup vus jouer. Effectivement, c’est une équipe de battants. Je pense que Kyle a apporté une vraie plus-value aux deux effectifs qu’il a eu à coacher. C’est une évidence. Maintenant, il faut transférer ça à Limoges.
25 ans que le Limoges CSP est orphelin de Boja
Justement, est-ce le bon choix pour lui et pour le Limoges CSP ?
De son côté, comme entraineur, on ne refuse pas Limoges. Kyle a 42 ans. C’est un jeune coach. Pour quelqu’un qui veut faire une carrière, il ne peut pas refuser Limoges. Il n’y a même pas de débat. Il n’y a pas à choisir entre plusieurs clubs. Limoges vous sollicite, vous y allez. Du point de vue du club, j’ai l’impression que le « Limoges de Forte » est à la recherche du nouveau Bozidar Maljkovic. Fred (Forte) a tout essayé. Coach français confirmé avec Philippe Hervé. Coach un peu plus jeune avec Jean Marc Dupraz. Dans les deux cas, il y a eu un titre mais ça s’est mal terminé. Et il y a eu les coaches très confirmés avec Giannakis et Vujosevic. On ne peut pas dire que cela soit une histoire d’amour. Avec l’un comme l’autre d’ailleurs. Ce n’est pas un long fleuve tranquille de venir à Limoges. Kyle a signé 3 ans. Mais qu’est-ce que ça veut dire 3 ans ? Les contrats, ça ne veut pas dire grand-chose. Mais ça veut quand même dire que Fred Forte croit en Milling. Je pense qu’Olivier Bourgain, le futur directeur sportif, y est pour beaucoup dans ce choix. Et c’est un choix courageux de la part du club qui a tout essayé en termes de coach. Alors pourquoi ne pas prendre un jeune entraineur américain qui construit son image sur la défense, le sacrifice, la rigueur. Pour l’instant, avec Fred, aucun coach n’a fait long feu à Limoges.
Pas le club idéal pour s'épanouir jusque là
Jusque-là, on ne peut pas dire que Limoges soit le club idéal pour s’épanouir comme entraineur. Là, je pense qu’il cherchait quelqu’un pour véritablement construire une équipe et qui soit sur la même longueur d’onde que le président, qui en tant que joueur, a été très influencé par Bozidar Maljkovic. Pour ce qu’il amenait sur le terrain mais aussi dans la tête des joueurs. "Boja" a transformé les joueurs en bien. Et je pense que depuis 25 ans, Limoges est orphelin de "Boja"… Depuis, tous les styles de coach ont été essayés et aucun n’a donné satisfaction dans la durée, même si quelque fois, il y a eu des titres. Je crois que Fred Forte recherche ce gourou mâtiné de malice et qui amènera le club au plus haut niveau, comme l’a fait "Boja". Je crois qu’il le cherche toujours. Donc pourquoi pas fidéliser un coach qui est en train de monter, dont on dit le plus grand bien et dont ils connaissent la personnalité ?! Et je crois que Fred est plus à l’aise avec des coachs qui n’ont pas encore véritablement construits leur crédibilité et avec qui il peut avoir une influence supérieure. Même si il aura à s’occuper du projet 3.0, toutes les décisions au Limoges CSP sont les décisions de Frédéric Forte. Et pour cause, c’est le président ! Et puis je crois qu’Olivier Bourgain connait très bien Kyle Milling, également en dehors de l’aspect professionnel.
Que pensez-vous, après l’expérience Vujosevic, du profil bilingue anglais français de Kyle Milling ?
Avec la réglementation qui évolue, et qui n’évolue pas vers un plus grand nombre de joueurs français, il y a maintenant 6 joueurs étrangers par équipe. Et ils parlent tous anglais. Donc c’est une manière de mettre plus d’aisance dans la communication avec les joueurs qui composeront l’équipe de Limoges. Mais ce n’est pas toujours un handicap. D’ailleurs, je pense que pour le duo Forte-Bourgain, Kyle Milling est surtout un tout bon. D’où ce choix. C’est très spécial Limoges depuis un certain temps. Mais en signant un jeune coach pour trois ans, je pense que c’est une autre logique dans laquelle le club s’engage, même si il y a une part de communication en ce qui concerne la durée du contrat. Je trouve cela intéressant. En plus, Kyle Milling a fait sa carrière en France. Il a fait une grande partie de sa « formation » ici. Il a cette culture du basket français qu’il connait parfaitement. Il n’y aura pas de problème d’adaptation. Et ce que je trouve aussi intéressant, c’est de prendre quelqu’un qui a sa carrière à construire. Kyle donne tout dans le cadre du basket et ce sera encore plus vrai à Limoges car sa carrière est devant lui. Nombreux sont ceux qui vont dire qu’il arrive sans avoir fait ses preuves. C’est une source de motivation évidente pour Kyle. Et connaissant le lutteur qu’il est, c’est quelque chose qui va le renforcer. Après, cela reste Limoges. Dans ce club, on ne fait pas de cadeau, comme à l’OM en football. Il faut aussi avoir les reins solides et les épaules larges. Et il faut aussi des résultats assez rapides, car il y aura moins de compréhension vis-à-vis de Kyle Milling qu’il y a pu en avoir avec Giannakis ou Vujosevic.
Sa double culture, franco-américaine est-elle un avantage en vue du recrutement des joueurs américains ?
Oui, c’est un avantage. Sa connaissance du basket américain est très importante. Tous ces joueurs sont « guidés » par des agents américains. Avoir un entraineur franco-américain peut faciliter les choses pour le club. Mais comment va fonctionner le club ? Qui va faire le recrutement ? On peut supposer à plusieurs. Olivier Bourgain l’a fait ces dernières années, très souvent avec bonheur avec Boulogne sur Mer. Qui va décider quoi ? On dit toujours qu’il faut un nombre impair pour prendre une décision, mais trois, c’est déjà trop ! De toute façon, d’une certaine façon, c’est une page qui se tourne. En tous cas dans le fonctionnement du club avec l’arrivée d’un directeur sportif et d’un jeune entraineur. Ils ont tous les trois très envie de réussir. Ce sont des conditions très favorables.
Limoges, France
"Et le fabuleux public qui sifflent @MillingKyle et plus généralement le @limogescsp tout simplement HONTEUX ! Nous n aurons pas la mémoire courte"
Olivier Bourgain