Walker, le meneur US de l’ALM Evreux, a enfin trouvé son rythme de croisière
Sans faire de bruit, le meneur US de l’ALM B.A. Walker a fini par trouver sa place au sein du collectif ébroïcien. En jaillissant du banc.
Encore décisif mardi au Portel, Bobby Anthony Walker enchaîne depuis un mois les performances de qualité
Il a bien de gros tatouages en haut des bras. Mais c’est peut-être l’une des rares choses qui rapproche l’Américain B.A. Walker de la plupart de ses compatriotes basketteurs. Quand beaucoup font dans l’esbroufe, l’affirmation de soi, le meneur de jeu de l’ALM Evreux est plutôt du genre à composer dans la simplicité et la discrétion. Jamais un mot, ni un geste plus haut que l’autre. Une tendance naturelle à se fondre dans la masse qui se prolonge, d’une certaine façon, sur l’aire de jeu : le natif d’Onancock, petite commune bucolique de la côte Est américaine, est rarement celui qu’on porte au pinacle, et tout aussi rarement celui qu’on cloue au pilori.
C’était déjà le cas il y a deux ans lors de son premier passage sur les bords de l’Iton (12,9 pts, 2,5 rbds, 3,4 pd, 11,9 d’éval en 29 mn). Ça l’est toujours aujourd’hui (11,1 pts, 3 rbds, 3,6 pd, 11,5 d’éval en 25 mn), même si on sent quand même le joueur passé entre-temps par Lille beaucoup plus épanoui, et beaucoup influent sur le jeu de son équipe, qu’il ne l’était il y a encore un mois. À l’époque, Laurent Pluvy défendait son meneur en expliquant notamment qu’il ait dû attendre de longues semaines avant d’être rejoint par femme et enfant (un bébé de quelques mois). Maintenant que tout est rentré dans l’ordre (14,5 pts, 4 rbds, 4,3 pd, 15,3 d’éval sur les quatre derniers matches), l’entraîneur peut se permettre d’en dire un peu plus.
« Il n’est pas arrivé en très grande forme physique... D’ailleurs, il s’est blessé durant la préparation (au genou)
. »
Selon le coach, le déclic se serait produit lors de la deuxième mi-temps du match à Souffelweyersheim (2e j., 79-81), où le point guard d’expérience (31 ans le 5 décembre) avait planté plusieurs banderilles décisives. Depuis, Pluvy se réjouit de voir en Walker ce joueur
« capable de prendre feu à 3 points, mais aussi de gérer l’équipe dans les moments où elle est un peu moins bien. Il perd peu de ballons (2 en moyenne)
, donne des bonnes passes et met des tirs précieux. Sans oublier son apport au rebond défensif (2,3 par match)
».
« Dès qu'il entre, bim, il y va ! »
Le tout dans un rôle nouveau pour lui, celui d’homme du banc, après avoir été habitué tout au long de sa carrière à prendre place dans le cinq de départ, de la Finlande à Israël (D2) en passant par l’Allemagne et les Pays-Bas, emmenant d’ailleurs plusieurs de ses équipes en finale de coupe ou de championnat, élément qui avait poussé Rémy Valin à le faire venir en France.
« Il a eu du mal à se lancer, confirme son coach,
d’autant que Mathis (Keita, le starter à la mène)
n’a, lui, pas perdu de temps. Il a fallu qu’il comprenne que ce n’est pas parce qu’il démarrait sur le banc qu’il devait se la couler douce. Bien au contraire. Je lui accorde beaucoup de liberté, mais aussi beaucoup de responsabilités offensives. Il les assume désormais, en se montrant beaucoup plus agressif. Ça se voit dès qu’il entre sur le terrain : bim, il y va ! » Quitte à passer de l’ombre à la lumière brutalement.
Denaisien depuis l’été dernier, Isaïa Cordinier (19 ans demain) revient sur sa décision de quitter Evreux pour s’installer dans le Nord, où il démarre systématiquement les rencontres et reste en moyenne 23 minutes sur le parquet (8,4 pts, 4,3 rbds, 1,9 pd, 9,7 d’éval).
Affronter l’ALM a-t-il pour vous une saveur particulière ou est-ce un match comme un autre ?
Isaïa Cordinier :
« Ça fait toujours quelque chose d’affronter l’un de ses anciens clubs. Surtout que l’ALM restera celui dans lequel j’ai, pour la première fois, eu un vrai rôle chez les pros. »
Pourquoi l’avoir quitté ?
« Parce que la seule raison pour laquelle j’étais venu à Evreux, c’était Rémy (Valin).
À partir du moment où il partait, je n’avais pas de raison particulière de rester. »
Et pourquoi Denain ?
« Je voulais rester en Pro B, où j’avais plus de chances d’avoir du temps de jeu. Et puis le discours du coach (Jean-Christophe Prat)
m’a convaincu. »
Denain est sorti de la Leaders Cup cette semaine et reste sur trois défaites en championnat. Votre équipe traverse une période creuse...
« Oui, mais on sait pourquoi. Ce sont des petites choses, des petits détails qu’il faut régler. Mais on ne se décourage pas, et si on continue à travailler comme on le fait à l’entraînement, il n’y a pas de raison que ça ne reparte pas. On va revenir à notre niveau. »
Qui est celui d’un prétendant aux play-offs ?
« Oui, quand tu as fait finale la saison d’avant (Denain avait perdu face à Antibes)
, tu aspires forcément à retourner en play-offs. »
Êtes-vous satisfait de votre début de saison ?
« Oui, quand même, même si je manque encore de constance. Il faut que je progresse là-dessus. Car pour le reste, tout se passe très bien, avec le coach, avec les coéquipiers. On a une équipe très jeune, il y a une bonne entente, ça se voit quand on est ensemble sur le terrain. »
Vos tendinites récurrentes aux genoux sont de l’histoire ancienne ?
« Disons que c’est fini au genou droit et que le gauche est en cours de guérison. Comme je suis encore en pleine croissance, c’est un peu long. Mais on fait attention et on travaille bien avec le staff. »
Vos rêves de NBA sont toujours dans un coin de votre tête ?
« Bien sûr, c’est là où je veux aller. Mais pour l’instant, je suis concentré sur ma saison avec Denain et le reste viendra si je fais le taf. »
Vous pourriez vous présenter à la draft l’an prochain ?
« A voir, ça dépendra de ma saison. »
Une nouvelle défense
Les Ebroïciens ont ramené deux choses de leur voyage au Portel mardi soir (71-85) : la qualification pour les demi-finales de la Leaders Cup – ils affronteront Boulazac les 8 et 15 décembre – ainsi qu’une arme supplémentaire à ajouter à leur arsenal défensif. Peu attaché à cette compétition, Laurent Pluvy avait en effet décidé de donner à la soirée des faux airs de séance d’entraînement améliorée. Sur le thème :
« Se focaliser sur notre comportement défensif », explique le coach, qui avait précisément demandé à ses hommes de déployer
« une défense de zone match-up ». « C’est-à-dire qu’on défend en individuel mais sur un positionnement de zone », précise Pluvy, pour le moins satisfait du résultat obtenu.
« Si on enlève 6-7 minutes en fin de première période, ce fut parfois magnifique, s’extasie-t-il.
Les gars coulissaient parfaitement, les rotations se mettaient tout de suite au diapason. C’est la première fois que je voyais mon équipe dégager une telle impression de force collective. Un bloc quasi imperméable, ne laissant aucun espace aux Portelois, qui se retrouvaient sans solution. » Excepté celle d’arroser de loin (3/21 à 3 pts).
Si la performance demande bien entendu confirmation (dès ce soir à Denain), le message envoyé la semaine dernière par Laurent Pluvy, pointant du doigt le manque d’agressivité défensive, semble avoir été entendu. Voilà même les Ébroïciens en possession d’un nouvel atout dans leur manche.
« Oui, cette « zone match-up » peut devenir une alternative à notre défense homme à homme. Notamment face aux grosses armadas au jeu offensif huilé et face auxquelles on accusera peut-être un déficit physique. Mais, au-delà même du système défensif employé, la victoire de mardi démontre que si on est capables de rééditer le même contenu, dans la constance des efforts, on peut jouer (entendre battre)
tout le monde. »
Paris Normandie