Vie éco-politico-sociale [suite]

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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par visiteur »

V Blanc a l'immense mérite d'être immortel et survivra à visiteur qui est sur la pente descendante depuis nombre de décennies maintenant, mais il a peur de ne pas voir V Blanc devenir majoritaire de son vivant alors que franchement, y'a jamais eu autant matière>... :mrgreen:

Comme quoi, une fois de plus, cher Gavia, on n'a jamais que les politicons qu'on mérite.... :mrgreen:
Gavia arctica
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par Gavia arctica »

polipticons, je préfère…

et oui, ça ne mérite pas mieux…des français peureux à qui on a fait perdre l’envie de prendre des initiatives et des élites solidaires, peureuses et corrompues mais ambitieuses, sachant cultiver l’art de rendre l’état ”indispensable”…

je préfère en rire…tout en les méprisant…
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par visiteur »

Tu ne devrais pas car 'il est des temps où il faut être économe de son mépris à cause du très grand nombre de nécessiteux"....

Rien de bien nouveau sous le soleil....
Gavia arctica
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par Gavia arctica »

ce n’est pas eux que je méprise…même pas les paresseux…
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Message par visiteur »

"les" fait référence à qui alors?
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Message par Gavia arctica »

les polipticons ou élites solidaires…
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par visiteur »

bah oui, c'est bien pour ça que je te disais ça....
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par Gavia arctica »

et pourquoi ne pas les mépriser?


PS oh et puis m—-e, si j’ai envie de mépriser je méprise… :mrgreen:
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Message par Gavia arctica »

MLP déclare qu’elle va s’attaquer à la dette française…
histoire de ”critiquer” les gouvernants encore un peu plus je suppose…ça mange pas de pain…

j’espère qu’elle va aussi s’attaquer au programme de JLM/LFI sur le même thème … et puis revoir tout son ”vaste et vague” programme économique… :mrgreen:
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Message par visiteur »

Le programme économique du RN c'est blanc bonnet bonnet blanc avec celui de LFI.....
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Message par ... and the winner is ... »

Gavia arctica a écrit : jeu. 20 août 2026 6:06 MLP déclare qu’elle va s’attaquer à la dette française…
histoire de ”critiquer” les gouvernants encore un peu plus je suppose…ça mange pas de pain…

j’espère qu’elle va aussi s’attaquer au programme de JLM/LFI sur le même thème … et puis revoir tout son ”vaste et vague” programme économique… :mrgreen:
Tout le monde depuis 20 ans déclare qu'il va s'attaquer à la dette. Mais comme les mesures que ça implique ne sont pas populaires ....
Le programme débile de LFi je m'en tape parce qu'ils ne seront pas en mesure de le mettre en œuvre. Mais effectivement celui du RN est à peu près aussi populiste en mode cadeaux à tout le monde sans expliquer sérieusement où on va trouver l'argent si ce n'est des économies sur l'immigration.
J'ai un peu écouté ce matin un mec du RN (Franck Allisio), interrogé notamment sur comment ils auraient fait mieux sur la lutte contre les incendies, et la solution contre la surmortalité qui a eu lieu suite aux canicules.
Des moyens à foison pour tous, telles sont les solutions. Comment on finance ? Économies sur l'"immigration massive"

Autre sujet : qui peut m'expliquer à quoi Trump joue avec la Corée du Nord ? Kim est en train de le ridiculiser.
C'est vrai qu'exprimer Trump c'est souvent mission. Impossible. D'ailleurs je n'ai toujours pas compris son but avec l'Iran à part promettre la destruction totale du pays.
Finalement Trump c'est le fils spirituel de Max .... c'est Trump la menace .... :albino: :albino: :albino:
La soumission est autant que le fanatisme à l'origine des pires abominations du XX°s. La démocratie est plus menacée par l'obéissance servile que la désobéissance civile.
Qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.
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Message par Obi-Wan »

...pas que,il me semble qu'il y en a un qui veut supprimer les aides de l'État aux entreprises soit 211 Mds par an... :^o
L'appétit vient en mangeant,la soif disparaît en buvant (François Rabelais)

La gourmandise commence quand on n'a plus faim (Alphonse Daudet)
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Si c'était pour mettre les prélèvements au niveau de ce qui existe de la zone Euro, ça pourrait être pas mal, mais sûrement que ça n'y suffirait pas...
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Un peu de réflexion politique

Un nouveau totalitarisme par Renée Frégosi

Depuis toujours, la question du totalitarisme est une pomme de discorde majeure entre les défenseurs et les adversaires du libéralisme politique. En France même on s’est longtemps méfié d’un concept qui passait pour plus polémique que scientifique et que l’on réduisait volontiers au contexte de la Guerre froide. Inversement, le renouveau de la pensée politique qui s’est produit dans les années 1980 et qui a accompagné le déclin du marxisme s’était notamment traduit par un intérêt nouveau pour la question totalitaire. On aurait pu penser que cette question était dernière nous après la chute du Mur de Berlin, mais on voit aujourd’hui renaître des mouvements et des régimes qui, sans rentrer dans les modèles classiques de Carl Friedrich, Hannah Arendt ou Raymond Aron, présentent néanmoins quelques traits majeurs de ce qu’on a appelé totalitarisme. Renée Fregosi nous propose ici une approche globale de ces totalitarismes new look, en analysant notamment la dynamique idéologique du « wokisme », dont le point de départ – la diversité, la défense des « droits » et l’horizontalité – est apparemment très différent de celui du fascisme, du nazisme et du communisme.

À chaque époque ses innovations politiques. Le siècle dernier avait connu un nouveau type de régimes autoritaires aux caractéristiques particulières. Visant à l’unification de tous les pouvoirs dans une structure hiérarchisée étatique et partisane, dont un leader charismatique était la clef de voûte, le totalitarisme a façonné, jusqu’à la guerre totale, « le féroce xxe siècle1 ». Dans ces premières décennies du xxie siècle, où la démocratie régresse à l’échelle planétaire2, l’autoritarisme prospère sous des formes diverses. Et, tandis que la forme politique même de l’État national est affaiblie par les effets de la mondialisation (libéralisation des flux de capitaux, montée en puissance des ONG, circulation de l’information), le totalitarisme persiste sous des modalités renouvelées, plus en phase avec les mutations du monde globalisé.

Car, si aucun totalitarisme n’atteint jamais « tout à fait » son but de soumettre l’ensemble du réel à sa volonté, sa visée demeure et, « la fin justifie les moyens » étant sa devise, chaque expérience totalitaire s’adapte à son terrain spécifique pour se rapprocher au maximum de son objectif.

Ainsi, plusieurs régimes peuvent être qualifiés aujourd’hui de « proto-totalitaires3 ». Tandis que le système totalitaire originel tend à l’absorption de la société par l’État, généralement à travers un parti unique, et rejette la démocratie représentative, le régime poutinien comme celui des mollahs iraniens, la Turquie gouvernée par Erdoğan durant plus de vingt ans ou encore le Venezuela chaviste fonctionnent sur le mode de la « démocrature », ces dictatures apparues dans la seconde moitié du xxe siècle, notamment en Amérique latine, et déguisées en démocraties par la tenue d’élections non libres mais formellement pluralistes. Toutefois, pour être plus sournois ou duplices, ces régimes d’apparence démocratique n’en sont pas moins foncièrement antidémocratiques et en l’occurrence, pour ces quatre cas contemporains, à visée totalitaire.

Cependant, la marque particulière du xxie siècle réside davantage dans l’apparition d’un autre type de totalitarisme, radicalement nouveau et paradoxal à bien des égards : de structure non plus essentiellement pyramidale, mais rhizomique, non plus verticale, mais horizontale, non plus tant étatique qu’auto-alimentée par la synergie de réseaux d’acteurs multiples et mouvants.

Ces totalitarismes ont abandonné la forme du parti politique ou l’instrumentalisent de façon tout à fait conjoncturelle, au profit d’une prolifération d’organisations, d’associations et de mouvements les plus diversifiés. En revanche, leur conception holistique de la société et du monde est tout à fait totalitaire, et tous les moyens sont utilisés pour y soumettre le plus grand nombre. Contrairement aux dictatures de type autoritaire qui sont plus ou moins polyarchiques4 (où certains espaces d’autonomie individuelle et d’action collective peuvent ainsi s’élargir avec le temps), après le premier type de totalitarisme, bolchévique sous ses différents avatars, et le deuxième type, produit par les fascismes5, les totalitarismes du troisième type progressent pas à pas en élargissant et en durcissant leur emprise.



Une forme paradoxale de totalitarisme
Dans ce type de totalitarisme qui tend à se développer depuis les années 2000, la forme étatique est devenue subalterne et le leader suprême unique a disparu au profit de figures plus ou moins éphémères, dont la fonction est davantage emblématique et mobilisatrice que dirigeante. Les totalitarismes du siècle passé « ont trouvé leur origine dans la volonté d’un leader et l’on ne peut imaginer le communisme sans Lénine, Staline, Mao (et même Abimael Guzmán, le chef du Sentier lumineux péruvien), le fascisme sans Mussolini, le nazisme sans Hitler6 ». Au contraire, les totalitarismes d’aujourd’hui se caractérisent par un décentrement du leader. Mais « le fondement même du “projet” totalitaire, [à savoir] la représentation de la non-division (…) du “pouvoir-Un” et du “peuple-Un”7 », demeure. La dynamique totalitaire tend toujours à « l’annihilation tendancielle de l’individu par fusion dans le social ou par l’exclusion8 ».

L’avatar le plus achevé de ce totalitarisme du troisième type, et dont la puissance s’affirme de jour en jour, est sans doute le totalitarisme islamiste, avec des chefs locaux généralement très tyranniques dans leurs fiefs respectifs, et des liens plus ou moins institués, plus ou moins hiérarchiques, entre les différentes entités plus ou moins autonomes.

Par ailleurs, une forme plus embryonnaire et instable est à l’œuvre, tout particulièrement en Europe et aux Amériques (au nord comme au sud du continent), dans le mouvement polymorphe « woke9 ». Dans le totalitarisme wokiste, le leader est davantage une figure médiatique adulée, mais qui peut être rejetée au gré des modes et des mobilisations sporadiques. Greta Thunberg ou Rima Hassan sont à cet égard emblématiques.

On pourra bien sûr récuser la notion générique de totalitarisme, comme l’ont fait ceux qui refusaient la comparaison entre le nazisme et le communisme au motif que le communisme aurait été foncièrement bon malgré ses dérives, tandis que le nazisme était foncièrement mauvais. Et, aujourd’hui, la critique est renouvelée par certains historiens10 qui argumentent que le concept de totalitarisme serait inopérant, inutile ou purement idéologique. À preuve, selon eux, que la période brejnévienne ne pourrait être qualifiée de totalitaire au même titre que l’URSS sous Staline, que le nazisme ne l’aurait pas été non plus puisque des résistances s’y sont manifestées, qu’il se serait agi d’une dérive du capitalisme libéral ou que l’entreprise aurait davantage abouti au démantèlement de l’État qu’à son omnipotence.

De la même manière, on pourrait réfuter cet usage du concept de totalitarisme appliqué aux réalités décentralisées et horizontales de l’islamisme et du wokisme, en premier lieu parce qu’il dévie gravement de la définition originelle du totalitarisme considérant comme essentielles ses caractéristiques verticale et centralisée. D’ailleurs, ces totalitarismes du troisième type dérogent également à la définition canonique par l’absence d’un parti unique et d’un leader charismatique. D’autre part, on pourrait refuser de considérer l’islamisme comme un totalitarisme puisqu’il présente des courants divers, parfois concurrents voire adverses, et qu’il ne s’inscrit pas dans la logique étatique moderne. Enfin, de même que certains considéraient le bolchévisme comme une dérive de l’esprit démocratique, on pourrait estimer que « le wokisme n’existe pas11 » ou que, parti d’une bonne intention, il verserait dans des excès regrettables mais susceptibles d’être corrigés.

On peut certes estimer que le néoféminisme est une déviation ou une dérive du féminisme originel qui en conserverait cependant le bien-fondé, mais on peut au contraire l’analyser comme la poursuite d’une tendance spécifique du MLF des années 1970, différentialiste et victimaire, opposé dès cette époque à la tendance égalitaire et universaliste. On peut également considérer la « racisation » diversitaire des individus comme un approfondissement de la lutte antiraciste originelle, mais on peut au contraire considérer cette obsession de la race comme une perversion radicale de l’antiracisme.

Ou encore on peut estimer que le transgenrisme n’est qu’une exagération infantile des justes luttes pour la libération des mœurs des années post-1968, mais on peut au contraire considérer que ce retour pervers de la catégorie de genre, utilisée par les féministes « old school » pour le déconstruire dans la perspective de la libération des sexes, en est une pure négation. Comme l’a parfaitement exposé Sabine Prokhoris, en effet, « par une inférence intellectuellement illégitime, un glissement s’opère du plan de l’historicité au plan de l’ontologie, qui aboutit à les amalgamer12 », passant de la revendication universaliste de l’émancipation des femmes dans chacune des sociétés à laquelle elles appartiennent à l’affirmation d’une prétendue « identité féminine » stable, indépassable, qui fait de toutes les femmes des victimes ontologiques de tous les hommes.

Au demeurant, si l’on considère le concept de totalitarisme dans sa fonction heuristique, comme désignant à la fois un projet totalisant, une logique révolutionnaire, une posture tactique victimaire et des pratiques relevant du terrorisme (intellectuel, moral et physique), on peut légitimement faire entrer l’islamisme comme le wokisme dans la catégorie des phénomènes politiques de type totalitaire. Si l’on conçoit ainsi le totalitarisme aussi bien comme un type d’organisation politique que comme un penchant et une dynamique, on peut admettre par ailleurs que les totalitarismes du troisième type, comme les précédents, connaissent des niveaux divers de développement et d’accomplissement.

Les deux espèces de totalitarismes propres à notre époque, islamiste et wokiste, présentent des convergences par-delà leurs différences et leurs contradictions.

Ainsi, de même que les totalitarismes du xxe siècle avaient des caractéristiques communes, les deux espèces de totalitarismes propres à notre époque, islamiste et wokiste, présentent des similitudes et même des points de croisement et des convergences par-delà leurs différences et leurs contradictions. Comme le communisme et les fascismes ont vu certains de leurs adeptes voguer d’un camp à l’autre, et Staline et Hitler sceller le Pacte germano-soviétique, les islamistes et les militants wokes non seulement se retrouvent unis ou complices dans le combat anti-occidental, propalestiniste13 et anti-Juifs, mais peuvent adopter réciproquement les revendications de l’autre14. Ainsi l’on entend de prétendues féministes défendre avec conviction le port du voile au nom de la « protection » des femmes, et des gaucho-wokistes crier à l’islamophobie au nom d’un antiracisme obsessionnel, tandis que des islamistes adoptent conjoncturellement, de façon tactique, le discours indigéniste ou celui de l’écologisme vegan.

Enfin, comme les totalitarismes du xxe siècle, ceux d’aujourd’hui empruntent volontiers leur répertoire d’action et leurs modes de financement au système mafieux clanique, à la fois clandestin, prédateur et corrupteur, mettant en scène des apparitions épisodiques d’une grande violence. Le totalitarisme islamiste s’impose, en effet, à la fois par l’influence, la pression, la corruption, la menace, la terreur, pratiquant en même temps l’infiltration, l’entrisme et le séparatisme des sexes et des communautés. Et les nouvelles technologies, notamment de communication et de circuits bancaires parallèles, permettent l’extension de leur emprise transnationale de façon très véloce et efficace.



Le totalitarisme islamiste
Ce que l’on appelle souvent désormais « l’offensive islamiste » se présente ainsi comme un mouvement politico-religieux planétaire. Il s’agit, d’une part, de réislamiser le Dar al-Islam, les pays de tradition majoritairement musulmane et / ou de religion officielle musulmane au Maghreb et au Moyen-Orient comme en Afrique et en Asie. D’autre part, l’islamisme vise à islamiser progressivement le Dar al-Harb (le domaine de la guerre), l’Occident ouest-européen, considéré comme le ventre mou des terres de conquête, en constituant la première étape avec l’Afrique catholique et animiste. « Comme à l’époque du fascisme, du nazisme ou du bolchévisme, on a affaire à une avant-garde de soldats politiques se référant à une conception du monde dont le pouvoir explicatif se veut global dans le cadre de la mise en œuvre d’une guerre civile permanente. Comme ces mouvements, l’islamisme entretient une culture de ressentiment issue des milieux sociaux déstructurés et humiliés où il prospère. Comme eux, il projette une vision holiste de la société à construire où l’individu a intériorisé les règles d’obéissance au grand Tout communautaire et affirme une haine du pluralisme et de la “société ouverte” désenchantée15. »

Des leaders politico-religieux, des intellectuels, des chefs terroristes, tous musulmans mais d’obédiences diverses, à différentes époques depuis les années 1920 et pas forcément en relation entre eux, mais tous se fondant sur les textes de l’islam considérés comme sacrés, et parmi eux les plus belliqueux, ont constitué, de fait, un nouveau corpus islamique de référence. Ces différents textes convergent dans leur souhait de voir relancée la conquête inaugurée par Mahomet, entravée par les croisades chrétiennes, puis mise à mal par les entreprises coloniales européennes et la chute de l’Empire ottoman, et contrariée par le mouvement de sécularisation, la diffusion de la forme de l’État-nation à travers le monde et la modernisation culturelle et technologique.

Mais, si cette diffusion tous azimuts de l’islam a été théorisée et peut être perçue comme la mise en œuvre d’un projet global, elle n’est en aucun cas le produit d’un complot ourdi par un personnage mégalomaniaque et / ou une organisation unique aux superpouvoirs manipulateurs. Le mouvement de l’islam politique est pluriel, ses différents acteurs sont souvent concurrents voire conflictuels, et c’est, de fait, plus que par des alliances effectives que leurs actions convergent dans un renforcement de l’islamisation des populations. Ainsi, la rivalité des monarchies du Golfe, notamment sur le marché international des hydrocarbures, leur conviction religieuse et la nécessité pour elles de maintenir leur domination absolue sur leurs populations respectives les conduisent à mener des stratégies combinant politiques d’influence et prosélytisme, financement d’intérêts contradictoires, diplomatie de la séduction et de la menace, et ambivalence vis-à-vis du mouvement des Frères musulmans.

Si la Société des Frères musulmans conduit ainsi avec succès une islamisation progressive en Europe grâce à des financements du Moyen-Orient16, elle se heurte dans plusieurs pays musulmans à des résistances de nature étatique, religieuse ou sociétale. Mais sa capacité d’adaptation, sa conception spécifique d’un islam en terres non islamiques17 et sa stratégie inclusive vis-à-vis d’autres groupes islamistes opérant sur les mêmes territoires ont permis aux Frères musulmans de prendre le leadership. Par ailleurs, implantés de longue date dans les pays européens et notamment en France, ils en ont une connaissance fine et ont pu y constituer des réseaux d’influence et de complicité conscientes et inconscientes d’une grande efficacité.



Un totalitarisme « éveillé »
L’idéologie woke bénéficie, quant à elle, d’une force de frappe et de financement moindre, bien sûr, que celle du mouvement islamiste global. Comme l’islamisme cependant, le wokisme, s’il ne procède pas d’une stratégie organisée par un parti unique mondial qui orchestrerait la déstabilisation de l’Occident, sait tirer parti des institutions et des financements publics nationaux et internationaux, notamment européens. De même que l’islamisme, le wokisme utilise différents canaux de diffusion et parvient à pénétrer les milieux les plus divers. Toutefois, contrairement aux islamistes immergés au cœur des sociétés, c’est une relation médiatisée que le wokisme entretient avec la population générale. Car son épicentre se situe dans le milieu intellectuel : les médias, le monde de l’édition et des arts, et les universités. Le wokisme induit des comportements et aboutit à des actions parfois d’une grande violence, mais consiste avant tout dans un corpus idéologique.

Ce qu’on peut nommer du terme générique de wokisme18 est une idéologie victimaire polymorphe, foncièrement anti-occidentale, qui est apparue et s’est « développée sur les campus nord-américains vers la fin des années 2010 », puis qui a « rapidement atteint les mondes de la culture, de la politique et même de l’entreprise », ne tardant pas à « traverser l’Atlantique pour investir les pays européens19 ». Comme hier le marxiste bourgeois rachetait sa faute d’appartenance sociale honnie en allant convertir les masses prolétariennes jusqu’à « l’établi » des usines, puis comme l’intellectuel tiers-mondiste partait expier son appartenance à l’Europe coloniale dans des missions d’aide au développement, l’islamo-gauchiste et le militant woke d’aujourd’hui se flagellent dans une haine de soi qui confine au masochisme.

Dans ce nouveau schéma, l’ennemi occidental s’incarne davantage dans « le mâle blanc cisgenre20 » que dans le capitaliste, et il est caractérisé comme un « privilégié » par rapport aux « racisés21 », aux victimes d’« islamophobie » et à toutes celles qui subissent d’autres violences prétendument tout aussi « systémiques » : les femmes, les personnes « LGBTQI++ » et toutes les minorités supposées ostracisées comme les personnes en surpoids ou de petite taille. Religion séculière22 d’un nouveau type, la théorie du privilège qui est au cœur du wokisme est moins millénariste que martyrologique : on ne projette plus un avenir radieux à l’horizon certes incertain mais où l’oppression serait abolie, mais on fantasme plutôt un temps immobile où l’injustice se perpétue éternellement et doit donc être sans fin traquée et extirpée des corps et des esprits. Et, parmi ces diables de privilégiés, les Juifs, transfigurés par l’État d’Israël accusé des pires des maux (colonisation, apartheid, génocide), sont devenus des « superblancs » qui tireraient privilège de tout, y compris de leur statut de victimes de la Shoah23.



Terreur et conformisme
Bien que de natures différentes, les deux espèces de néototalitarisme rhizomique, islamiste et wokiste, comme le système mafieux auquel elles empruntent, convergent plus ou moins volontairement et tirent profit de la mondialisation. Enfin, ce qui caractérise toutes les formes de totalitarisme, d’hier ou d’aujourd’hui, c’est l’usage de la terreur, « condition fondamentale d’existence et de survie » de ces systèmes de pouvoir. « C’est la terreur qui détruit toute opposition politique et idéologique, qui atomise la société, qui contraint chacun (…) à participer “avec enthousiasme” aux grandes mobilisations24 » fédératrices. La violence foncière (exprimée ou latente) est sans doute ainsi leur première caractéristique, comme le souligne déjà Marcel Mauss pour qui le bolchévisme et le fascisme italien étaient des « confrères25 » en violence, voire des frères, tous deux héritiers qu’ils sont de Georges Sorel.

La mise au pas, la « mise en conformité » (Gleichschaltung, disait-on sous le nazisme), est à nouveau à l’ordre du jour, et c’est, comme par le passé, contre l’universalisme, prétendument instrument de domination, que se met en place le système d’intimidation. L’autocensure fait alors fonctionner la machine plus sûrement que ne le ferait une censure étatique. Radicalité et conformisme vont ainsi de pair. Bernardo Bertolucci avait pointé cette caractéristique des fascistes26. Ne pas rester seul, faire groupe, appartenir à un clan, à une communauté, se sentir protégé et conforté dans un choix qui consiste à ne plus choisir par soi-même : voilà le confort recherché par le conformiste. Mais aussi adhérer sans réserve non seulement à la doxa, mais aux méfaits du totalitarisme, dont la culpabilité partagée soude plus sûrement encore que les convictions.

Notes et références
Selon l’expression de Robert Conquest (voir Le Féroce xxe siècle. Réflexions sur les ravages des idéologies, traduit de l’anglais par P. Lorrain, préface de G. Sorman, Genève, Éditions des Syrtes, 2001).

Selon le rapport de Freedom House de 2022, intitulé The Global Expansion of Authoritarian Rule (p. 4), le pourcentage de personnes vivant dans un pays libre est passé de 46 % à 20,3 % entre 2005 et 2021.

Voir R. Fregosi, Cinquante Nuances de dictature. Tentations et emprises autoritaires en France et ailleurs, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, « Un monde à raconter », 2023.

Robert Dahl a développé cette notion de polyarchie dès les années 1970 (in Polyarchy. Participation and Opposition, Yale University Press, 1971). Elle est reprise à certains égards par Juan Linz (in Régimes totalitaires et autoritaires [1975], traduit de l’anglais par G. Hermet et al., Armand Colin, 2006) pour distinguer autoritarisme et totalitarisme.

Le terme « fascismes », ici employé au pluriel, désigne une catégorie composée par le fascisme mussolinien originel et les différentes dictatures totalitaires qu’il a inaugurées, en premier lieu le nazisme qui s’y réfère tout en s’en distinguant, et les affidés de ces deux régimes en Europe dans les années 1930-1940.

St. Courtois, « Volonté de puissance et terreur », Le Débat, 2011/5, nº 176, p. 169.

B. Bruneteau, Les Totalitarismes, Armand Colin, 1999, p. 28.

Ibid.

Mot argotique américain par lequel se désignent les militants « éveillés » à ce qu’ils considèrent comme des discriminations, des humiliations, des offenses, des « micro-agressions » subies par diverses minorités de la part des Blancs, des hommes, des hétérosexuels, des « dominants » en général. Sur l’idéologie et le mouvement woke ou « wokisme », voir notamment J.-Fr. Braunstein, La Religion woke, Grasset, 2022 ; P. Valentin, Comprendre la révolution woke, Gallimard, « Le Débat », 2023 ; N. Heinich, Le wokisme serait-il un totalitarisme ?, Albin Michel, 2023 ; ou J. Szlamowicz, Les Moutons de la pensée. Nouveaux conformismes idéologiques, Cerf, 2022.

Voir notamment Johann Chapoutot, Sophie Wahnich ou encore Christian Ingrao, par exemple dans les conférences enregistrées : « Le totalitarisme reste-t-il une lecture pertinente de l’histoire ? » et « En finir avec le concept de totalitarisme ? », consultables sur YouTube.

Comme l’affirme par exemple Alain Policar dans l’opuscule du même titre, tout en en défendant, de façon paradoxale, les thématiques diversitaires et intersectionnelles de culpabilité de l’Occident patriarcal (voir Le « wokisme » n’existe pas. La fabrique d’un mythe, Carignan-de-Bordeaux, Le Bord de l’eau, 2024).

S. Prokhoris, « Simone de Beauvoir, Judith Butler : des parallèles qui divergent », Cahiers Sens public, nº 28, 2020/2, p. 83.

Le « propalestinisme » instrumentalise la défense compassionnelle « propalestinienne », dans le but stratégique de la disparition de l’État d’Israël. Pour parvenir à ses fins, la tactique consiste à délégitimer l’État juif, tout particulièrement à travers la victimisation obsessionnelle des populations palestiniennes et la diabolisation du Juif / Israélien. Voir R. Fregosi, « Le propalestinisme, cette passion de la gauche française », Tribune juive, 21 novembre 2022.

Voir R. Fregosi, Le Sud global à la dérive. Entre décolonialisme et antisémitisme, Intervalles, 2025.

B. Bruneteau, « L’islamisme est-il un nouveau totalitarisme ? », Commentaire, nº 152, 2015/4, p. 795-800.

Voir notamment M. Prazan, Frères musulmans. Enquête sur la dernière idéologie totalitaire, Grasset, 2014.

Voir notamment Fl. Bergeaud-Blackler, Le Frérisme et ses réseaux, l’enquête, préface de G. Kepel, Odile Jacob, 2023.

Ce terme générique, souvent rejeté par les militants woke, se justifie cependant par l’idéologie woke elle-même : la notion d’« intersectionnalité » défendue par ce courant affirme en effet l’articulation entre les différentes luttes qui le composent : les « dominations » machiste, raciste, hétéronormée, anti-animaliste, écocide, relèveraient d’une même culture occidentale à combattre globalement.

N. Heinich, Le wokisme serait-il un totalitarisme ?, op. cit., p. 11.

Ce qu’on appelle « cisgenre » dans la vision woke est une personne se vivant en accord avec le genre qui lui a été « assigné » à la naissance, ce qui lui accorderait de fait un « privilège ».

L’adjectif « racisé-e », désormais intégré dans Le Robert (!), se définit comme se référant à une « personne touchée par le racisme, la discrimination ». Il est précisé que l’on peut parler de « populations racisées ». Les non-racisés, c’est-à-dire les « Blancs », bénéficieraient donc de fait d’un privilège.

L’expression, empruntée à Raymond Aron qui l’a promue pour qualifier les totalitarismes de son époque, semble particulièrement adaptée au militantisme woke dont la part de religiosité contribue également à sa compatibilité avec le fanatisme religieux islamique.

Voir R. Fregosi, « Ces réactionnaires du diable ou le retour des religions séculières », Cités, nº 91, Presses universitaires de France, 2022, p. 99-112.

St. Courtois, « Volonté de puissance et terreur », article cité, p. 170.

M. Mauss, Écrits politiques, Fayard, 1997, p. 515.

Voir (et revoir) Il Conformista, film du réalisateur italien sorti en 1970.
Bagouvic
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par Bagouvic »

... and the winner is ... a écrit : jeu. 20 août 2026 15:29 Autre sujet : qui peut m'expliquer à quoi Trump joue avec la Corée du Nord ? Kim est en train de le ridiculiser.
C'est vrai qu'exprimer Trump c'est souvent mission. Impossible. D'ailleurs je n'ai toujours pas compris son but avec l'Iran à part promettre la destruction totale du pays.
Finalement Trump c'est le fils spirituel de Max .... c'est Trump la menace .... :albino: :albino: :albino:
Ce qui est drôle avec la Corée du nord c'est de s'étonner qu'ils s'amusent à tester des missiles justement à ce moment là. La menace extérieure, la militarisation, la guerre sans fin contre on ne sait quoi, c'est un peu la raison d'être du régime et la raison pour laquelle il perdure, avec le bon verrou informationnelle et éducatif de tout bon totalitarisme. L'actualité remet un coup de projo sur eux, ils sortent les biscotos, normal. Trump aime laisser penser qu'il peut tout changer par sa seule force, un volontarisme naïf qui sert surtout et uniquement son égo...passer pour un débile il s'en fout, son mantra c'est dis que tu as raison même quand tu as tort, que tu as gagné même quand tu as perdu. Donc ça passe :mrgreen:

S'agissant de l'Iran, le seul truc à peu près cohérent, c'est que lorsque le chef de la première puissance mondiale "joue" avec des annonces, dit blanc, noir puis gris, les cours bougent vite, je me dis qu'il n'est pas impossible que certains se fassent de beaux pactoles avec cette pure spéculation, que ces certains doivent pas être loin de tout ce qui gravite autour du pouvoir, et que même si ça frôle le délit d'initié, visiblement pour le moment ça passe, là encore... Ressemblance avec les collusions qu'il y a eu précédemment aux USA entre politique et complexe militaro-industriel, même si c'était mené avec de moins gros sabots.
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