Vie éco-politico-sociale [suite]

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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par visiteur » jeu. 09 juil. 2020 22:29

Retord a écrit :
jeu. 09 juil. 2020 9:09
visiteur a écrit :
mer. 08 juil. 2020 23:55
Enfin RAS en Dordogne qui demeure avec son hospitalisé unique sauf que ce n'est plus le même puisqu'on a constaté une entrée aujourd'hui sur les 9 derniers jours… La disparition n'est donc pas pour tout de suite...
T'as vu que la Mayenne, pour ne pas être en reste se distingue à son tour ! :wink:
Mais bon, inutile de publier leurs stats car cela ne va empêcher personne de dormir, surtout pas Gavia :mrgreen:
En quoi j'ai rien vu de spécial dans ce riant département...

Gavia arctica
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par Gavia arctica » jeu. 09 juil. 2020 22:53

je ne suis pas insomniaque...je dors très bien mais très peu...
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par visiteur » mar. 14 juil. 2020 20:32

J'ai lu cet article d'un auteur italien que j'ai trouvé intéressant et que je reproduis ici. C'est un peu long, mais je trouve qu'il synthétise assez bien le moment dans lequel les démocraties se trouvent en Europe.

L'autodestruction du politique, 1968-2018
Giovanni Orsina

Article

Il est désormais évident que la démocratie traverse une grave période de crise. La très forte progression des partis que nous appelons « populistes » – en l'absence d'adjectifs plus précis – est indéniablement liée à cette crise. Elle n'en est cependant pas une cause, mais une conséquence ou plutôt le symptôme le plus évident d'une maladie bien plus profonde. On cherche souvent les origines de ce mal dans la globalisation, qui a affaibli la capacité des États-nations – à l'intérieur des frontières desquels la démocratie s'est développée historiquement – à protéger leurs citoyens. Ou bien dans le développement rapide des technologies de la communication, qui ont mis sous pression les mécanismes de la représentation et de la décision politique, aux rythmes compassés. Ou encore dans la grande récession de 2007. Sans nier que ces trois phénomènes – l'intégration mondiale, l'avènement d'Internet et la dépression économique – aient eu un impact politique considérable, j'examinerai plutôt ici les causes de la crise démocratique ancrées à l'intérieur même de la démocratie.
G. O.


La thèse que je vais tâcher de démontrer est simple1 : à partir des années 1960, on voit s'affirmer dans les opinions publiques européennes un puissant mouvement de rejet des limites à l'intérieur desquelles la démocratie a été circonscrite au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Au début, ce mouvement est imprégné de politique, et la contestation de Mai 68 constitue son point culminant. Avec le temps, toutefois, il est fatalement destiné non seulement à se dépolitiser, mais à faire dépérir les conditions mêmes de l'activité politique – comme le philosophe catholique Augusto Del Noce l'a compris, lucidement, au moment même où les événements se déroulaient. Les élites représentatives réagissent à ce défi avec promptitude, grosso modo à partir du milieu des années 1970. Et, dans l'immédiat, leurs solutions s'avèrent efficaces : dans nombre de démocraties, si le cadre institutionnel subit des corrections, ses orientations fondamentales ne sont pas remises en question, et les partis traditionnels – de droite comme de gauche – parviennent à conserver le contrôle des différents systèmes politiques de ces démocraties. Toutefois, au cours des quarante années qui suivent, ces mêmes solutions vont largement contribuer à précipiter et à aggraver la crise qu'elles devaient résoudre. Commence ainsi un processus d'(auto)destruction du politique qui connaît en ce moment sa phase la plus aiguë.

La coupure des années 1960

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la démocratie s'affirme, ou est confirmée, dans une grande partie de l'Europe occidentale. Il s'agit toutefois d'une démocratie limitée le long de trois axes2. D'abord, parce qu'elle s'exerce à l'intérieur de la sphère publique, mais pas à l'intérieur d'une vaste sphère privée dans laquelle les individus vivent une grande partie de leur vie : la sphère des rapports familiaux et professionnels. Ensuite, parce que, même à l'intérieur de la sphère publique, nombre de décisions sont soustraites, entièrement ou en partie, aux institutions électives, et confiées à des organismes technocratiques, nationaux et supranationaux. Enfin, parce que le rapport entre les électeurs et les lieux de la décision politique est filtré et affaibli par les engrenages du parlementarisme.

Il est permis d'affirmer que dans l'après-guerre la démocratie en Europe a eu du succès non pas en dépit du fait qu'elle était si limitée, mais précisément parce qu'elle l'était. Instruits par Tocqueville, nous savons désormais depuis longtemps que le projet démocratique est contradictoire et qu'il a besoin pour fonctionner de s'appuyer sur des circonstances qui lui sont étrangères. Pour citer le célèbre paradoxe de Böckenförde, « l'État libéral sécularisé vit de présupposés qu'il n'est pas en mesure de garantir3 ». Mais le fait de le savoir depuis longtemps ne rend pas les contradictions moins aiguës : la démocratie – considérée non seulement comme une machinerie institutionnelle, mais, à la manière de Tocqueville, comme un « état social démocratique » – promet la pleine émancipation individuelle à ceux qui l'habitent, et cette promesse entre nécessairement en conflit avec toutes les limites que l'on prétend lui imposer4.

Dans les années 1950, ce conflit est neutralisé par le souvenir des catastrophes de l'entre-deux-guerres, par l'épouvantail soviétique et par la progression rapide du bien-être. Mais, à partir des années 1960 – quand les baby-boomers atteignent l'âge adulte, que la Guerre froide entre dans une nouvelle phase et que le bien-être matériel commence à être tenu pour acquis –, la contradiction explose de nouveau. Mai 68 représente par bien des aspects le point culminant de cette explosion. L'une après l'autre, les trois « barrières » érigées après 1945 sont remises en question, en même temps que l'on voit s'affirmer puissamment une demande d'expansion du politique. Si la démocratie garantit à chacun la possibilité de réaliser son propre projet existentiel, on ne comprend pas pourquoi la vaste sphère de la vie privée devrait être régie par des rapports hiérarchiques si rigides. Le slogan « le privé est politique » (l'un des plus célèbres de la contestation) synthétise le désir d'abattre la barrière entre public et privé, et d'utiliser l'aspiration à la libération dans le quotidien comme un instrument de transformation politique radicale. Les technocraties sont de plus en plus perçues comme un instrument d'enrégimentement des citoyens – au seul avantage du néocapitalisme. Enfin, participer à la vie d'une communauté ne peut pas uniquement consister à aller voter tous les quatre ou cinq ans : il faut être impliqué quotidiennement dans le débat public et conserver un contrôle direct et immédiat sur les décisions collectives.

Les critiques que les contestataires adressent au « système » ne sont pas injustifiées : ce système a fait des promesses qu'il ne peut pas tenir et il est maintenant appelé à rendre des comptes. En revanche, les alternatives auxquelles ils songent sont beaucoup moins claires : comment entendent-ils résoudre la quadrature du cercle entre autodétermination subjective, ordre social et action collective ? Augusto Del Noce, l'un des interprètes les plus perspicaces du xxe siècle politique, explique dans une série d'ouvrages publiés entre la fin des années 1960 et la décennie suivante, les raisons de leur incapacité à avancer une proposition politique réaliste et cohérente5. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale – argumente ce philosophe –, l'Europe se trouve à la croisée des chemins entre renaissance religieuse et bien-être matériel. En choisissant la seconde voie, le Vieux Continent se prive de la possibilité d'ancrer l'ordre de l'après-guerre dans un système de valeurs transcendantes, ce qui l'amène à recourir à un ancrage scientiste et utilitariste : le « bien » devient ce qui, selon les sciences sociales, maximise le bien-être matériel. Ce choix « active » toutes les contradictions de la modernité : le préjugé matérialiste ; l'attribution de la tâche d'identifier les fins dernières à la pensée scientifique, laquelle est incapable de remplir cette mission ; le choix subreptice d'une valeur – le bien-être – au moment même où la neutralité entre les valeurs est proclamée à haute voix.

Les jeunes contestataires, poursuit Del Noce, sentent bien que cette opération est potentiellement totalitaire et ils se rebellent, en faisant de l'année 1968 « la plus riche de philosophie implicite de 1945 à nos jours6 ». Ils se fourvoient pourtant lorsqu'ils pensent que la solution peut être trouvée non pas en changeant de voie, mais en se précipitant en avant, à la vitesse maximale, sur un sentier déjà parcouru – celui de la modernité immanentiste. Car, de la sorte, non seulement ils démolissent l'ancrage scientiste et utilitariste auquel l'ordre politique et social est précairement agrippé, mais ils achèvent de détruire le reste de valeurs transcendantes qui avait survécu, tant bien que mal, à la modernité. En accélérant sur une voie contradictoire, les contestataires sont fatalement destinés à s'empêtrer encore plus dans leurs contradictions. Et ils ne peuvent plus trouver de réponses dans le marxisme, que les événements des vingt premières années de l'après-guerre ont irrémédiablement falsifié. Le marxisme « se présente en effet comme une philosophie qui devient monde, et qui fait résider son critère de vérité dans ce “devenir monde” et dans rien d'autre »7 – alors qu'à partir de 1945, avec l'avènement de la société du bien-être, le monde s'est engagé dans une direction diamétralement opposée aux prophéties de Marx.

À la fin, dans le désert de sens qui les entoure, il ne reste plus aux contestataires que l'activisme et le vitalisme. D'un côté, « l'absurde révolte contre ce qui est […] qui ne peut pas distinguer dans l'existant le positif du négatif ». De l'autre, « l'énergie vitale identifiable, déjà selon une assertion ancienne et du reste difficilement contestable, à la sexualité ». Dans tous les cas, « une fois que le critère du vrai, comme critère vécu, est écarté et qu'il a été remplacé par les critères de l'original, de l'important, du nouveau, du sincère, de l'authentique, de l'hérétique, du progressif, etc., il est inévitable que la seule chose qui compte soit l'affirmation de soi ». Mais l'activisme, le vitalisme et l'affirmation de soi ne peuvent pas soutenir un projet politique cohérent, structuré et susceptible de durer dans le temps. Ainsi – conclut le philosophe –, la révolution du xxe siècle dont Mai 68 constitue la dernière phase « a, à la fois, parfaitement réussi et parfaitement échoué. Elle a parfaitement réussi, parce qu'elle a réellement transformé le monde de manière radicale ; et elle a complètement échoué en ce qui concerne son idéal de libération universelle8 ».

Le « suicide » des élites politiques

Dès le début des années 1970, il apparaît clairement que la contestation est incapable de donner vie à des agrégations politiques larges et durables. Mais l'élan vers l'émancipation subjective qui est à l'origine du refus de la démocratie limitée ne retombe pas pour autant. Et il oblige les élites politiques traditionnelles, de droite comme de gauche, à un processus d'adaptation long et difficile. D'un côté, ces élites cèdent à la pression et augmentent les espaces de liberté individuelle ; de l'autre, elles tentent de reconstruire ou de défendre des digues pour contenir l'expansion du subjectivisme. Les historiens ne s'accordent pas sur le poids relatif des deux phases de ce double mouvement : certains mettent l'accent sur la résistance, d'autres sur le fléchissement9. En réalité, comme nous le verrons, satisfaire et endiguer coexistent souvent dans le même acte politique, à moins que l'un ne soit la conséquence de l'autre. Mais c'est une autre question qui nous intéresse ici : évaluer comment l'establishment, par le fléchissement comme par la résistance, et toujours dans l'intention de se sauvegarder lui-même et de sauvegarder son rôle, a contribué, dans les faits, à accélérer et à aggraver la crise du politique.

Les élites représentatives réagissent – en règle générale, bien sûr, et certainement pas de la même manière partout et au même moment – en suivant trois lignes directrices : a) elles réforment les institutions et accroissent les droits individuels ; b) elles cèdent du pouvoir, ou, en tout cas, elles acceptent que le pouvoir soit transféré à des organismes technocratiques et judiciaires, nationaux et supranationaux ; c) elles élargissent les espaces du marché et renforcent son autonomie.

a) L'exigence que la démocratie tienne ses promesses est satisfaite en premier lieu grâce à l'approbation de réformes qui, sans bouleverser le cadre représentatif traditionnel, visent à supprimer au moins quelques-uns des filtres institués dans l'après-guerre entre la volonté populaire et la décision politique. Et cela essentiellement de deux manières : avec la décentralisation territoriale et avec le renforcement de la démocratie directe. L'Italie, qui a introduit en 1970 à la fois les régions à statut ordinaire et le référendum, est l'exemple le plus significatif et précoce de ce processus, mais ce phénomène est également visible dans beaucoup d'autres pays10. En second lieu, l'élan vers l'émancipation subjective obtient satisfaction avec l'accroissement des droits civils, politiques et sociaux11. Ce phénomène élargit considérablement les frontières du politique. D'un côté, des questions qui étaient restées en marge de la sphère politique – la famille, le sexe, la reproduction – sont aspirées vers le centre. De l'autre, si l'on veut faire face à l'accroissement des droits sociaux, il faudra consentir à ce que la part de richesse contrôlée par l'État augmente considérablement. Ainsi, entre 1970 et 1980, dans les économies avancées, l'incidence de la dépense publique sur le PIB passe de 35 % à 43 %12.

Même s'ils suivent un parcours qui n'est ni linéaire ni dépourvu d'obstacles, les partis « historiques » de la gauche finissent avec le temps par faire de la question des droits l'aspect essentiel – dans nombre de cas, l'aspect fondamental – de leur stratégie. Ils en tirent de nombreux bénéfices. Ils construisent un dialogue avec les mouvements, et plus en général avec le Zeitgeist, issus de la contestation. Ils peuvent se permettre d'être radicaux, tout en restant à l'abri de la délégitimation dont étaient victimes les partis marxistes : le radicalisme des droits reste en effet interne à l'Occident – qui le porte même à ses extrêmes conséquences. Ils trouvent une alternative au marxisme et à la social-démocratie, tous deux désormais en crise, et se tournent vers une classe moyenne de plus en plus importante, aux dépens d'une classe ouvrière en voie d'extinction. Enfin, ils peuvent donner une âme éthique à leur ligne politique, en présentant l'émancipation subjective non pas comme un choix discrétionnaire et révocable, mais comme la nécessité morale absolue de reconnaître et de satisfaire des prérogatives que les individus possèdent déjà13.

b) Si les droits s'étendent, si l'État providence se développe et si l'État et la société se mêlent de plus en plus étroitement, le pouvoir des institutions judiciaires et bureaucratiques ne peut qu'augmenter. Les difficultés qu'éprouvent les institutions électives pour contrôler la machine publique s'accroissent à mesure que celle-ci se développe : au cours des sept années 1969-1976, par exemple, la part du budget fédéral américain sur laquelle la politique conserve un contrôle discrétionnaire est divisée par deux et passe de 50 % à 24 % – et la même tendance est observable ailleurs14. Ce n'est pas tout : dans de nombreux cas, les élites politiques décident consciemment de laisser de plus en plus d'autonomie aux technocraties, en utilisant celles-ci pour mettre un frein aux demandes des électeurs et en déchargeant sur elles toutes les responsabilités lorsque ces demandes sont frustrées. Ce sont essentiellement les banques centrales qui servent de modèle aux institutions technocratiques : il s'agit d'organismes publics à l'abri des pressions électorales, mais autorisés à prendre des décisions importantes et, lorsque cela est nécessaire, impopulaires. Ce phénomène a inévitablement une dimension internationale : dans de nombreux cas, le pouvoir est transféré à des organismes judiciaires et technocratiques qui échappent au contrôle direct des États. L'intégration monétaire européenne – et l'usage qui en est fait à partir de la fin des années 1970 pour convaincre les électeurs de la nécessité de sacrifices auxquels il serait difficile de les soumettre autrement – est l'exemple le plus éclatant de ce processus15.

c) Le marché est le troisième instrument que les élites politiques – surtout celles des partis « historiques » de la droite – utilisent pour répondre à l'exigence d'une plus grande émancipation subjective. Les forces politiques conservatrices considèrent avec hostilité la montée de cette exigence, en raison de ses effets destructeurs sur les équilibres culturels, politiques et sociaux. Mais ils n'ont pas la force de s'y opposer frontalement. « Ce qui est vraiment surprenant – écrit par exemple Daniel Rodgers à propos des États-Unis pendant les années 1980-1990 –, c'est la rapidité avec laquelle les intellectuels et les hommes politiques conservateurs qui défendaient précédemment la nécessité historique et sociale des distinctions raciales s'approprient le langage de la parité individuelle qui les effrayait tant16. » Ainsi, les partis de droite n'ont pas d'autre choix que de s'en remettre au marché – même si pour les conservateurs, comme pour les forces de gauche, la mutation est rien moins que complète, rapide et indolore.

Du point de vue de l'autodétermination subjective, le marché est un Janus bifrons : il accroît les possibilités existentielles individuelles, tout en imposant une dure discipline. Les Dioscures anglo-saxons de la droite libérale, Ronald Reagan et Margaret Thatcher, personnifient chacun une de ses deux faces. Dans les discours présidentiels de Reagan, la rhétorique de l'autoréalisation subjective s'allie à l'apologie du marché comme lieu de l'ordre spontané et de l'harmonie naturelle des comportements individuels17. La Dame de fer, en revanche, fait systématiquement correspondre des devoirs aux droits. Et elle attribue au marché la fonction éthique et pédagogique de constituer un rempart « objectif », infranchissable et non négociable à la multiplication et à l'expansion déraisonnable du désir subjectif qui a vu le jour dans les années 1960, et sur les effets funestes duquel elle ne nourrit aucun doute. « L'économie est la méthode ; l'objectif est de changer le cœur et l'âme », affirme-t-elle en 198118. En termes politiques, quoi qu'il en soit, les deux visages du Janus conviennent aux conservateurs : ils peuvent contenir et conditionner la demande d'émancipation et, en même temps, lui donner une réponse en positif.

En suivant trois lignes directrices – réformes institutionnelles et accroissement des droits ; transfert des pouvoirs aux technocraties nationales et supranationales ; importance accordée au marché –, les élites politiques européennes affrontent avec succès les effets de la contestation. Les institutions représentatives voient confirmée leur légitimité, et les partis traditionnels arrivent à conserver une position hégémonique dans leurs systèmes politiques respectifs. Cette stratégie, efficace à court et moyen terme, va pourtant dévaster le politique à moyen et long terme : en encourageant le subjectivisme, elle érode les prémisses de l'action collective ; elle limite de plus en plus la capacité de la politique de satisfaire les attentes des citoyens ; dans la tentative d'accroître la représentativité des institutions, elle diminue leur prestige et leur efficacité ; elle conduit à la colonisation du politique par des logiques « étrangères » ; enfin, elle réduit l'espace entre la droite et la gauche, en rendant la compétition politique de plus en plus ardue. Voyons ces cinq orientations de développement.

Nous avons déjà remarqué, à la suite d'Augusto Del Noce, que l'élan vers l'émancipation subjective, qui a explosé avec Mai 68, se dépolitise inévitablement en quelques années. Les démocraties commencent alors à se peupler d'individus tournés sur eux-mêmes et de moins en moins disposés à renoncer à leurs espaces de liberté au nom de quelque projet collectif que ce soit. En somme, elles commencent à se peupler de Narcisses – pour reprendre un concept sur lequel on commence à réfléchir au milieu des années 1970, surtout aux États-Unis19. En étendant les droits, les élites politiques arrivent à satisfaire les Narcisses et à se donner une fonction politique adaptée au Zeitgeist ; mais, en même temps, elles légitiment et accélèrent le processus de fragmentation sociale et de mutation anthropologique. À son tour, ce processus érode les catégories du politique : il délégitime le pouvoir au nom de la sacralité intangible de la liberté individuelle ; il désintègre les identités collectives – classe, nation, ethnie, génération, genre – au nom du droit de chacun à construire sa propre personnalité ; il fragmente toute forme de raison intersubjective en un kaléidoscope de raisons subjectives ; il transforme l'histoire en une succession de moments isolés et disjoints, en ôtant leur sens aux notions de progrès et de conservation.

Autant en raison de l'accroissement des droits que de la nécessité de contenir cet accroissement, un nombre croissant de leviers de décision sont transférés des institutions représentatives aux organismes judiciaires, aux bureaucraties, aux technocraties supranationales et aux marchés. Privées d'instruments, bridées par des contraintes de plus en plus lourdes, les élites politiques voient progressivement diminuer leur capacité de satisfaire les demandes des électeurs. Dans ces conditions, même les réformes qui avaient été introduites pour améliorer la qualité de la démocratie – le référendum et la décentralisation – contribuent en réa lité à la mettre encore plus sous pression. La multiplication des niveaux de gouvernement fragmente le pouvoir et le rend moins efficace. La multiplication des échéances électorales – régionales, nationales, européennes – soumet la politique à des vérifications de plus en plus rapprochées et empiète sur son temps : elle l'oblige à rechercher des résultats immédiats et l'empêche de développer des projets plus ambitieux. Ensuite, des électeurs appelés à voter fréquemment ne se sentiront pas mieux représentés si ceux pour qui ils votent n'ont pas le pouvoir de satisfaire leurs exigences – ils penseront seulement qu'on se moque d'eux. Enfin, les référendums, qui devaient intégrer la démocratie représentative, se retournent contre elle.

En insistant sur les droits, les partis progressistes favorisent la colonisation du politique par des logiques éthiques et judiciaires. En insistant sur le marché, les partis conservateurs favorisent sa colonisation par les logiques économiques et managériales20. Donc non seulement l'accroissement des droits individuels et des technocraties réduit les frontières du politique, mais à l'intérieur de ces frontières la logique spécifique du politique est de plus en plus supplantée par des logiques « étrangères ». Prenons un seul exemple : avec le célèbre acronyme TINA – There Is No Alternative, il n'y a pas d'alternatives –, Margaret Thatcher déclarait que, compte tenu des contraintes économiques, un seul cours politique était possible. Mais l'essence de la politique consiste précisément à administrer le choix entre des possibilités alternatives. Une société dépourvue de choix n'a pas besoin d'un dirigeant politique, mais d'un dirigeant d'entreprise : elle n'a pas besoin de quelqu'un qui sache choisir la route, mais de quelqu'un qui suive de son mieux la route déjà tracée.

Une fois passées les secousses idéologiques des années 1980, les droites acceptent dans une large mesure la culture des droits, et les gauches le marché. Du reste, comme nous l'avons vu, l'une et l'autre plongent leurs racines dans la promesse radicale d'émancipation subjective que les conservateurs comme les progressistes décident d'adopter – à tel point qu'il faudrait même cesser de les appeler « conservateurs » et « progressistes », vu que les uns n'ont plus rien à conserver et les autres plus aucun progrès à atteindre. Puis, cette convergence est favorisée par plusieurs autres phénomènes que nous avons déjà évoqués : la crise et la stérilisation des identités collectives ; la nécessité, à droite comme à gauche, de s'adresser à la même classe moyenne hypertrophiée et déstructurée ; la réduction des espaces discrétionnaires de la politique, de son pouvoir et de son autonomie ; l'abolition de sa dimension temporelle. Comme ils ne peuvent pas se différencier suffisamment, les partis traditionnels ont du mal à donner un sens à la compétition démocratique. Et ils laissent ainsi un espace à de nouveaux acteurs que l'on qualifie en général de « populistes », mais dont la raison d'être authentique réside bien souvent, en réalité, dans le refus du consensus qui s'était consolidé autour de la ligne subjectivisme-droit-marché, et dans le désir de redonner un espace à la politique comme entreprise identitaire collective.

Cinquante ans après

Un demi-siècle après Mai 68, le processus d'(auto)destruction du politique semble être entré dans sa phase terminale. Les citoyens des démocraties restent exigeants : ils veulent du bien-être, de la sécurité et des libertés ; ils n'acceptent pas de jouer les seconds rôles, mais veulent tous être protagonistes ; ils ne tolèrent pas que qui que ce soit leur dise ce qu'ils doivent faire ; ils supportent mal les retards et les imperfections dans l'action de l'État. Mais les élites publiques n'ont pas d'outils pour satisfaire leurs exigences. Elles ne savent plus extraire de ressources politiques de leurs sociétés respectives : mobiliser et organiser de larges secteurs de leurs sociétés de manière durable dans le temps, sur la base d'identités collectives, d'interprétations partagées de la réalité et d'idées de l'avenir convaincantes. Leur action est constamment troublée par l'ingérence de logiques non politiques. Leur domaine d'intervention est de plus en plus circonscrit, leur capacité d'influer sur la réalité de plus en plus faible. Mais, avec la disparition du pouvoir, la responsabilité n'a pas disparu pour autant : c'est quand même et toujours aux élites politiques que s'en prennent les citoyens quand leurs demandes ne sont pas satisfaites – de toute façon, ils les voient défiler tous les jours devant leurs yeux, et cela ne leur coûte pas grand-chose de les punir avec des invectives ou dans l'isoloir.

La politique n'arrive plus à faire retomber les responsabilités sur le marché ou sur les technocraties. Quarante ans après TINA, les électeurs ont désormais compris le « truc », et ils ne l'acceptent plus. Puis, les « experts », accablés de tâches qu'il ne leur reviendrait pas de remplir, constamment montrés du doigt par les citoyens comme cause de la non-satisfaction de leurs demandes, ont perdu leur aura de neutralité. En particulier, parce qu'en présence de mécanismes politiques, économiques et sociaux d'une complexité croissante, des sciences sociales guidées par des paradigmes interprétatifs pluriels se sont fragmentées en mille morceaux, et les « profanes » ne leur font désormais plus confiance. Les technocraties ont été ainsi absorbées dans le jeu politique : quand les experts prennent une position, les profanes, s'ils pensent qu'ils seront pénalisés, se sentent autorisés à la refuser et à aller chercher d'autres experts qui soutiennent une position différente. Quitte à prendre une voie subjective, autant choisir celle qui nous plaît le plus et qui nous arrange le mieux.

L'action politique perd ainsi le contact avec la réalité. D'un côté, elle continue à se targuer de pouvoirs qu'elle n'a plus, à faire des promesses qu'elle ne sait pas comment tenir. De l'autre, un discours public presque entièrement dépourvu de références objectives n'est pas capable d'évaluer ce qui a été fait ni ce que l'on voudrait faire. À la fin, il ne reste que le théâtre : ne pouvant pas exiger de résultats, les électeurs demandent au moins qu'on les distraie, que des acteurs toujours nouveaux et des slogans de plus en plus provocateurs les surprennent et les amusent. En l'absence de critères de choix, ils accepteront sans chercher plus loin les provocations qui se conforment à leur expérience quotidienne interprétée à la lumière de leurs préjugés. Mais le discours public deviendra ainsi de plus en plus stérile, factieux et polarisé. La seule émotion qui arrivera à mobiliser les masses, c'est la rancune : le désir de punir le gouvernant de service, non pas pour ce qu'il a fait ou ce qu'il n'a pas fait, mais pour l'humiliation à laquelle il s'est lui-même soumis et a soumis l'ensemble de la collectivité en acceptant de monter sur scène et de participer à la farce d'une politique qui n'apporte plus de réponses, miroir d'une communauté qui ne contrôle plus son propre destin. Ce gouvernant deviendra ainsi le bouc émissaire de toute une condition historique, « d'une protestation universelle qui ne frappe pas tel ou tel régime politique ou social, mais l'innaturalité de notre mode de vie » – comme l'écrivait déjà le poète Eugenio Montale au début des années 1960, faisant preuve par là d'une grande clairvoyance.

En Italie, la crise du politique a commencé plus tôt et est allée plus loin qu'ailleurs. L'ascension rapide du Mouvement 5 Étoiles (M5S) fondé par le comique Beppe Grillo, la mutation et le succès de la Ligue, et leur convergence dans une majorité de gouvernement en juin 2018, en sont le fruit. Et elles confirment le raisonnement que je viens d'exposer. Ces forces politiques ont surfé sur la rancune à l'égard de partis traditionnels tenus pour incapables de rendre sa force et sa dignité au politique, en particulier parce qu'entre la fin de 2011 et le début de 2013, ils ont soutenu le gouvernement technocratique de Mario Monti. Des partis dont le récit s'est trop détaché de l'expérience quotidienne et des préjugés des électeurs, et dont les performances sur la scène publique sont devenues ennuyeuses et répétitives – il suffit de penser au lent parcours de Silvio Berlusconi et à celui, bien plus rapide, de Matteo Renzi. La Ligue et le M5S ont offert aux spectateurs des visages nouveaux, des histoires nouvelles, et de nouvelles provocations. Ils ont su habilement manœuvrer dans l'espace qui sépare la politique de la réalité, le subjectif de l'objectif. Et ils ont promis de renouveler et de relancer le politique : le Mouvement 5 Étoiles, de résoudre la crise de la représentation en éliminant les élites et en construisant des mécanismes de démocratie directe ; la Ligue, de rendre aux institutions représentatives nationales les parts de pouvoir qu'elles ont perdues, désormais depuis des années, au profit des organismes judiciaires et technocratiques.

Il est fortement permis de douter que ces solutions soient réalistes et désirables. Mais, si le raisonnement que j'ai exposé jusqu'à maintenant a un sens, il faut reconnaître que le succès de la Ligue et du M5S en Italie – et de forces politiques analogues dans d'autres pays – a des racines profondes et anciennes. Il ne sert donc à rien de diaboliser ces partis. Il faudra comprendre à quelles demandes ils apportent une réponse et, si leur réponse ne plaît pas, il faudra s'efforcer de chercher des réponses alternatives.

Notes:
[1] J'ai développé ce raisonnement dans G. Orsina, La democrazia del narcisismo. Breve storia dell'antipolitica, Venise, Marsilio, 2018.[2] Cf. M. Conway, « Democracy in postwar western Europe : the triumph of a political model », European History Quarterly, 2002, p. 59-84 ; J.-W. Müller, Contesting Democracy. Political Ideas in Twentieth-Century Europe, New Haven, Yale University Press, 2011, chap. 4 ; P. Corduwener, The Problem of Democracy in Postwar Europe : Political Actors and the Formation of the Postwar Model of Democracy in France, West Germany, and Italy, Londres, Routledge, 2017.[3] E.-W. Böckenförde, « The rise of the State as a process of secularisation », in E.-W. Böckenförde, State, Society and Liberty : Studies in Political Theory and Constitutional Law, New York and Oxford, Berg, 1991, p. 26-46, et plus particulièrement p. 45.[4] De ce point de vue, L'Avènement de la démocratie, de M. Gauchet, est fondamental (Gallimard : vol. 1, La Révolution moderne, 2007 ; vol. 2, La Crise du libéralisme, 1880-1914, 2007 ; vol. 3, À l'épreuve des totalitarismes, 1914-1974, 2010 ; vol. 4, Le Nouveau Monde, 2017).[5] A. Del Noce, L'epoca della secolarizzazione (1970), Turin, Aragno, 2015 ; id., Il suicidio della rivoluzione, Milan, Rusconi, 1978 ; A. Del Noce, Rivoluzione, risorgimento, tradizione. Scritti su « L'Europa » (e altri, anche inediti), Milan, Giuffrè, 1993.[6] A. Del Noce, L'epoca, op. cit., p. 4.[7] Ibid., p. 214.[8] Pour les citations : ibid., p. 11 et 22 ; A. Del Noce, Rivoluzione, op. cit., p. 268 et 456.[9] Sur le versant de la résistance, voir, par exemple, J. Suri, Power and Protest. Global Revolution and the Rise of Detente, Cambridge MA, Harvard University Press, 2003 ; sur celui du fléchissement, voir A. Marwick, The Sixties. Cultural Revolution in Britain, France, Italy and the United States, c. 1958-c. 1974, Oxford et New York, Oxford University Press, 1998.[10] Cf. M. Qvortrup (dir.), Referendums around the World. The Continued Growth of Direct Democracy, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2014 ; J.-M. Ruano, M. Profiroiu (dir.), The Palgrave Handbook of Decentralisation in Europe, Cham, Palgrave Macmillan, 2017.[11] Cf. Ph. Chassaigne, Les Années 1970. Fin d'un monde et origine de notre modernité, Armand Colin, 2008 ; S. Moyn, The Last Utopia. Human Rights in History, Cambridge, Belknap, 2010 ; Th. Borstelmann, The 1970s. A New Global History from Civil Rights to Economic Inequality, Princeton, Princeton University Press, 2012.[12] Cf. L. Ricolfi, Sinistra e popolo. Il conflitto politico nell'era dei populismi, Milano, Longanesi, 2017, p. 72. Voir aussi C. S. Maier (dir.), Changing Boundaries of the Political. Essays on the Evolving Balance between the State and Society, Public and Private in Europe, Cambridge et New York, Cambridge University Press, 1987.[13] Voir, en général, G. Eley, Forging Democracy. The History of the Left in Europe, 1850-2000, Oxford, Oxford UP, 2002, partie IV, « Future imperfect » ; G. Grunberg, « La cultura politica socialista in Europa negli anni Ottanta. Crisi e cambiamenti », in G. Orsina (dir.), Culture politiche e leadership nell'Europa degli anni Ottanta, Soveria Mannelli, Rubbettino, 2012, p. 187-201.[14] Cf. J. Pen, « Expanding budgets in a stagnating economy : the experience of the 1970s », in C. S. Maier (dir.), Changing Boundaries, op. cit., p. 323-361 et plus particulièrement p. 335.[15] Voir en général : A. Roberts, The Logic of Discipline. Global Capitalism and the Architecture of Government, Oxford, Oxford University Press, 2011. Sur l'intégration monétaire : M. Gilbert, Surpassing Realism. The Politics of European Integration since 1945, Lanham, Rowman & Littlefield, 2003, p. 140-141 ; A. Varsori, La cenerentola d'Europa. L'Italia e l'integrazione europea dal 1947 a oggi, Soveria Mannelli, Rubbettino, 2010, p. 329-330 ; P. Burnham, « New labour and the politics of depoliticisation », British Journal of Politics and International Relations, 2001/2, p. 127-149.[16] D. T. Rodgers, Age of Fracture, Cambridge, Belknap Press, 2011, chap. 4.[17] Ibid., chap. 1.[18] Cf. M. Freeden, Ideologies and Political Theory. A Conceptual Approach, Oxford, Clarendon Press, 1996, p. 385-393 ; A. Masala, Stato, società e libertà. Dal liberalismo al neoliberalismo, Soveria Mannelli, Rubbettino, 2017, p. 209-249.[19] Cf. T. Wolfe, « The me decade and the third great awakening », New York, 23 August 1976, p. 26-40 ; R. Sennett, The Fall of Public Man, New York, Alfred A. Knopf, 1977 ; C. Lasch, The Culture of Narcissism. American Life in an Age of Diminishing Expectations, New York et Londres, Norton, 1979 ; G. Lipovetsky, L'Ère du vide : essais sur l'individualisme contemporain, Gallimard, 1983.[20] Sur le « suicide » de la gauche, cf. L. Ricolfi, Sinistra e popolo, op. cit. ; J.-P. Le Goff, La gauche à l'agonie ? 1968-2017, Perrin, 2017. Pour la droite, voir par exemple les critiques de John Gray au thatchérisme : The Strange Death of Tory England (1995), Margaret Thatcher and the Euthanasia of Conservatism (2007), Thatcher's ghost (2013), in J. Gray, Gray's Anatomy. Selected Writings, Londres, Allen Lane, 2016.

Bagouvic
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par Bagouvic » mer. 15 juil. 2020 13:07

Effectivement, analyse intéressante et je trouve tout à fait pertinente.

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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par visiteur » mer. 22 juil. 2020 0:23

Un petit point Covid?... :mrgreen:

Pas un grand cru, d'ailleurs compte tenu de chiffres en diminution constante, même si gavia sera consterné de l'apprendre, 2 fois par mois ce sera suffisant à partir d'août... Pas un grand cru, parce que depuis le dernier pointage, le nombre d'hospitalisés n'a reculé que de deux points supplémentaires, c'est dire qu'à ce rythme il y'aura toujours des hospitalisés dans ce pays en octobre. Pour tout dire, le flux rentrant n'est pas si consternant qu'on veuille bien le dire, un peu plus de 1000 sur la période, soit effectivement une hausse par rapport au dernier pointage mais rien d'affolant non plus... En revanche, le flux sortant diminue également ce qui explique cette tendance à la stagnation...

Moselle: hospitalisés 209 (248), rea 13(16), décès 837 (832). 7 nouveaux hospitalisés, des ratios quasi identique au territoire national en terme d'hospitalisation.

Rhône: hos 150 (150), rea 9(13), décès 659 (653). La situation est différente, la baisse du nombre d'hospitalisés est très avance sur le territoire national (à 88% vs 80) mais aucune évolution sur la période car le flux rentrant est soutenu à 39 entrées sur 10 jours. Avec ce type de flux maintenu, on risque même fort de voir le nombre d'hospitalisés augmenter d'ici fin juillet

Bouche du Rhône: hos 322 (334), rea 21 (20) dècès 564 (560). Toujours cette tendance confirmée mois après mois d'être celui le plus à la traîne de ceux que l'on suit, avec un nombre record d'hospitalisés. Sur la période, rien de très afriolant, en cumul toujours 7 pts de retard sur la moyenne nationale et juste 1 pt de gagné malgré un nombre d'hospitalisés élevés: la raison en est simple:58 personnes hospitalisées sur la période... Inutile de polémiquer, l'épidémie annoncée comme terminée à Pâques est toujours présente et bien présente sur le vieux port....

Haute Savoie: hos 70 (73), pas de réa, dècès iso à 166. Département dont je ne comprends toujours pas l'évolution des chiffres avec un nombre d'hospitalisés qui reste élévé (4 pts de retard sur la national) alors que les flux d'entrées demeurent marginaux (4 cette fois ci)... On doit les bichonner pendant 3 mois à l'hosto, c'est la seule explication que je vois....

Morbihan: hos 21 (21), rea 1 (0), décès 94 (93). En avance de 6 pts sur le national mais aucune évolution sur la période. Pourtant le nombre de nouveaux entrants demeure marginal à 2 personnes sur la période...

Dordogne: l'hospitalisé du 8 juillet dernier est toujours là... Aucun nouvel entrant sur la période... Attention, ce n'est pas parce qu'un département n'a plus d'hospitalisé que l'épidémie est terminée, le voisin corrézien resté sans hospitalisé pendant 6 semaines vient d'en voir réapparaître 2....

Petit focus sur la Mayenne, le département sinistré qui fait l'objet de toutes les alertes possibles et inimaginables... Les chiffres de juillet vont donner une bonne idée de la catastrophe consternante que vit ce département... Le 30 juin, l'épidémie semblait se terminer, avec 6 hospitalisés... Depuis lors, une vague impressionnante de 22 personnes hospitalisées en 20 jours a ravagé le département portant le nombre total d'hospitalisés à 11 (ça n'a pas l'air comme ça mais on guérit aussi du covid). On voit donc que face à pareil tsunami, il faut dare dare mettre sous cloche ce département, que plus personne ne rentre ni n'en sorte... Faut bien s'occuper, les mois de juillet ne sont plus assez meurtriers contrairement à avril, mois béni... :shock:

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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par raph » ven. 24 juil. 2020 18:47

Y a surtout toute une partie des habitants de la façade ouest qui sont (logiquement) en train de découvrir que l'épidémie n'est pas un mythe, tout en sachant qu'il y a pas mal de cas importés (touristes de la RP au hasard..) et les fameux clusters socio professionnels (rassemblements familiaux/abattoirs voire autre activité industrielle très utilisatrice de main d'oeuvre dans l'agro alimentaire). Surtout que dans l'ouest, il y a une certaine porosité entre les départements (sud Bretagne/Pays-De Loire s'entend).
Ce qui me surprend le plus, ce sont les chiffres dans les bouches du Rhone. J'avais pourtant compris qu'ils savaient tout mieux faire que l'ensemble du monde. :mrgreen:

A l'instar d'autres stats, le plus important c'est la tendance, et après un déconfinement semble-t-il heureux, on se rend compte qu'il y a toujours des asymptomatiques qui contaminent leur entourage (pour le moment, au sens restreint).

On verra d'ici 2/3 semaines si le port du masque obligatoire permettra de 'geler' la tendance et de facto permettra de retrouver de la sérénité. Pas mal de business en ont bien besoin.

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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par Bagouvic » ven. 24 juil. 2020 19:27

Maintenant que les gens commencent à prendre l'habitude de mettre un masque, certains vont devoir comprendre qu'il faut le mettre au-dessus du nez et pas en-dessous. Pas gagné tout ça :mrgreen:

Bon sinon la langue française est en pleine mutation, pendant que le nouveau maire de Lyon promeut l’illisible écriture inclusive, les politicards et médias inventent une nouvelle classification d'infraction avec les "incivilités". L'usage politique de la langue est un art dans lequel certains excellent.

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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par ... and the winner is ... » ven. 24 juil. 2020 21:13

raph a écrit :
ven. 24 juil. 2020 18:47
Y a surtout toute une partie des habitants de la façade ouest qui sont (logiquement) en train de découvrir que l'épidémie n'est pas un mythe, tout en sachant qu'il y a pas mal de cas importés (touristes de la RP au hasard..) et les fameux clusters socio professionnels (rassemblements familiaux/abattoirs voire autre activité industrielle très utilisatrice de main d'oeuvre dans l'agro alimentaire). Surtout que dans l'ouest, il y a une certaine porosité entre les départements (sud Bretagne/Pays-De Loire s'entend).
Ce qui me surprend le plus, ce sont les chiffres dans les bouches du Rhone. J'avais pourtant compris qu'ils savaient tout mieux faire que l'ensemble du monde. :mrgreen:
de toute façon il y a eu relâchement, c'est clair. Forcément en région parisienne ça se voit plus, mais c'est partout. Les gens ont cru que le virus était définitivement sur le départ. On voit dans le monde (Australie, amérique du Sud etc ....) qu'il n'en est rien.
Notre ami Didier qui n'avait pas vu venir la 2° vague et annoncé qu'avec la belle saison il n'y aurait probablement pas de retour du virus, s'est, semble t'il, trompé. Mais chut faut pas la dire à Marseille, là bas c'est le héros pourfendeur d'intelligentsia parisienne.

pour le reste "incivilités" versus je sais pas quoi c'est du débat de bas étage de politicards.
Horreur Macron a parlé d' "incivilités" .... quand on est opposition il faut s'opposer sur tout.
Je parle même pas de certaines réactions après le sommet européen, notamment de Ducon Gnangnan.
Avec des politiciens aussi cons comment espérer un peuple intelligent.
La soumission est autant que le fanatisme à l'origine des pires abominations du XX°s. La démocratie est plus menacée par l'obéissance servile que la désobéissance civile.
Qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.

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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par Bagouvic » dim. 26 juil. 2020 20:37

... and the winner is ... a écrit :
ven. 24 juil. 2020 21:13
pour le reste "incivilités" versus je sais pas quoi c'est du débat de bas étage de politicards.
Horreur Macron a parlé d' "incivilités" .... quand on est opposition il faut s'opposer sur tout.
Je parle même pas de certaines réactions après le sommet européen, notamment de Ducon Gnangnan.
Du coup le ministre de l'intérieur qu'il a fraichement nommé contrebalance en employant le terme d'ensauvagement. Perso ce que j'en dis c'est qu'on y gagnerait en pragmatisme et en efficacité si on passait moins de temps à disserter sur le sexe des anges.

... and the winner is ... a écrit :
ven. 24 juil. 2020 21:13
Avec des politiciens aussi cons comment espérer un peuple intelligent.
C'est bien la seule idéologie qui fait l'unanimité :mrgreen:

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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par ... and the winner is ... » dim. 26 juil. 2020 21:29

Bagouvic a écrit :
dim. 26 juil. 2020 20:37
Du coup le ministre de l'intérieur qu'il a fraichement nommé contrebalance en employant le terme d'ensauvagement. Perso ce que j'en dis c'est qu'on y gagnerait en pragmatisme et en efficacité si on passait moins de temps à disserter sur le sexe des anges.
c'est bien pour ça que je trouve inutile de disserter sur les mots employés, parce qu'on sait tous ce qui est visé.
Et plus que tel ou rel mot on attendra des actes et des résultats.
Et ça c'est pas gagné quand on voit tous ceux qui se sont cassés les dents sur le sujet.
J'entends encore NS sous les fenêtres de je sais plus quelle banlieue en train de dire "ils vous embêtent, on va vous en débarrasser" et une autre fois parler du kärcher pour "nettoyer" les zones de non droit. Lui et ses coups de menton, comme les autres ils n'ont rien changé.
La soumission est autant que le fanatisme à l'origine des pires abominations du XX°s. La démocratie est plus menacée par l'obéissance servile que la désobéissance civile.
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par ... and the winner is ... » dim. 26 juil. 2020 21:32

J'ai eu une conversation avec un de mes anciens coéquipiers américain aujourd'hui installé en Australie. Après 10 semaines de confinement, puis un mois de "liberté", ils viennent d'être reconfinés.
Pas bon, ça. :(
La soumission est autant que le fanatisme à l'origine des pires abominations du XX°s. La démocratie est plus menacée par l'obéissance servile que la désobéissance civile.
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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par visiteur » dim. 02 août 2020 0:24

Point covid de fin de mois..

Le monde entier ressemble de plus en plus à une bande de surfers qui attendent la vague... Certains n'ont pas fini de se la prendre, d'autres en rêvent, les derniers ont encore en souvenir celle qui leur a fait boire la tasse l'hiver dernier et guettent sa réplique avec angoisse...

La deuxième quinzaine de juillet n'est pas aussi mauvaise qu'on veut bien l'entendre dire ici ou là, le nombre d'hospitalisés a quand même mal reculé et le nombre d'entrées à l'hôpital est plutôt faiblard à 898. Un nombre qui fait plutôt penser que le point d'équilibre a 5000 peut continuer à diminuer... si tant est que les contaminations se calment..... La référence national est donc à 84 pts de diminution du nombre d'hospitalisés soit 3 pts de plus qu'au précédent pointage, quid de l'échantillon départemental que l'on suit depuis le début?

Moselle hos 158 (209), rea 3 (13), décès 840 (837). Diminution assez rapide, seulement 7 nouvelles entrées sur la période laissant penser que la diminution va rester sur un rythme similaire à la mi aout, si tout continue sur cette lancée....

Rhône 91 (150), rea 5 (9), décès 664 (659). Je ne m'attendais pas du tout à ce genre de stats... D'autant plus que le nombre d'entrées en hospitalisation est assez conséquent à 48 ce qui voudrait dire donc que le taux moyen d'hospitalisation ne serait dans ce département que d'à peine 2 semaines, c'est à dire des cas vraiment peu graves... Pourquoi pas, à suivre...

Bouche du Rhône : hos 286 (322), rea 11 (21), décès 567 (564). Toujours une épidémie active, un nombre d'entrées à l'hôpital assez constant à 58 ce qui laisse penser que le nombre d'hospitalisés va continuer à diminuer mais en l'état du mal à voir le nombre passer sous la barre des 200...

Haute Savoie: hos 65 (70), rea 2 (0) décès 167 (166). C'est le Rhône à l'envers... Là non plus je ne comprends pas l'évolution de l'épidémie, cela fait des semaines que tout semble calme et que le nombre d'hospitalisés reste élévé au regard des flux d'entrées.... Alors certes sur la période on note un frémissement avec 9 hospitalisés en plus... Mais j'ai du mal à comprendre pourquoi on n'est pas à 2 fois moins d'hospitalisés à minima ici...

Morbihan: hos 16 (21), rea 0 (1), décès 96 (94). Département qui refait parler de lui, en particulier la presqu'île de Quiberon objet de toutes les attentions des autorités... Pour autant, quid de toute cette agitation?... Pas de quoi casser 3 pattes à un canard, 2 hospitalisés sur la période et un nombre d'hospitalisés qui continue de reculer... Beaucoup de bruit pour rien on dirait...

Dordogne. L'hospitalisé du 8 juillet y est toujours, aucune nouvelle entrée depuis cette date....

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Re: Vie éco-politico-sociale [suite]

Message par raph » mar. 04 août 2020 12:28

Avec la canicule qui arrive, on va avoir un sacré test concernant le comportement des gens, tout en sachant que ceux qui vivent dans des appart' mal isolés/ventilés et petits ne vont pas être à la fête.
Quoiqu'il arrive, il y aura fatalement une hausse des cas dans pas mal d'agglo dans les 3 semaines qui viennent, le tout étant de savoir si ce sera une évolution 'contrôlée' ou totalement débridée. Malgré tout, je pense que c'est un mal pour un bien.
On peut penser que ceux qui vont le choper sont ceux qui ont plutot un comportement à risque, et une fois guéri (sans savoir qu'ils ont été porteurs pour la plupart), ils devraient logiquement ne plus risquer de le choper et de le propager dans un futur proche.

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